J'aime la terre maternelle, Son aspect est tranquille et fort ; Plus on monte, et plus elle est belle. La douce paix habile en elle,
On dirait la paix de la mort… Mais je connais l'âme qui dort Dans tes flancs, terre maternelle. Je l'ai réveillé bien des fois.
Ton mâle esprit, sur les bruyères. Dans les blés, la vigne et les bois ; J'ai suscité ses grandes voix, Tantôt joyeuses, tantôt fières ;
Dans tes fermes hospitalières Je l'ai réveillé bien des fois. Si j'aime tant cette nature, C'est pour avoir beaucoup aimé,
Aimé sans courir d'aventure, Parmi tes fleurs et ta verdure, D'où je sors le cœur embaumé. C'est pour avoir beaucoup aimé
Que j'aime tant cette nature. Là j'ai connu tous les amours. Tous les beaux rêves qu'on caresse Et le bonheur de tous les jours.
J'y trouvais des cœurs sans détours. Nulle âme orageuse et traîtresse. Sans remords et sans folle ivresse. Là j'ai connu tous les amours.
J'y goûtai les vrais biens de l'âme Et les plus doux plaisirs des yeux. Des enfants, une honnête femme… Mon cœur n'y jeta feu ni flamme.
J'y passai fier, calme et joyeux. J'ai là des fils et des aïeux ; J'y goûtai les vrais biens de l'âme. J'ai là ce qui charme et soutient :
Vieux champ, vieux manoir, vieil ombrage, Où l'homme sent qu'il s'appartient, Où l'honneur du nom se maintient. Où l'on a le cœur à l'ouvrage.
Là je ferai tête à l'orage,.. J'ai là ce qui charme et soutient. Si j'ai trouvé mieux que des rimes, Si j'ai fait parler dans mes vers
L'âme et le cœur, les voix intimes, Les devoirs humbles ou sublimes Et l'esprit du Dieu que je sers. C'est toi, cher petit univers.
Qui m'as dicté mieux que des rimes. J'ai connu les saines douleurs, Les travaux, les besoins sévères Des hommes forts, des laboureurs ;
Jamais en de lâches fureurs. En des caprices éphémères, Je n'ai pleuré pour des chimères… J'ai connu les saines douleurs,
O douce terre maternelle, Ton enfant est devenu vieux Et, vers la patrie éternelle. Où tout amour se renouvelle,
Je commence à lever les yeux. Reçois donc mes tendres adieux, O douce terre maternelle !
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