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1812

SUR UN DON DE LA DUCHESSE D’ANGOULÊME

Alphonse LAMARTINE

Pour me précipiter de plus haut dans l’abîme, Le sort mit mon berceau sur les genoux des rois. La couronne à mon temps me marqua pour victime ; L’orage de mon front la fit tomber deux fois.

Le bourreau me jeta le bandeau de ma mère De mes ans dans l’exil je vécus la moitié ; Mon diadème fut une ironie amère, Reine ici, reine là, mais par droit de pitié.

J’accepte ! Mais le ciel en prenant mon royaume, Comme pour ajouter un contraste moqueur, Me fit une fortune à l’image du chaume, Et ne me laisse rien de royal que le cœur,

Ce cœur qu’il fait aux rois dans sa magnificence, Où s’élève exaucé le vœu du suppliant, Qui croit, même impuissant, à sa toute-puissance ; Qui s’ouvre comme un temple au doigt d’un mendiant.

De si loin qu’un malheur me jette une parole, J’étends comme autrefois mon bras vers mon trésor ; J’ouvre ma main royale, il en tombe une obole !… Mais on voit mon empreinte, et l’on dit : « C’est de l’or ! »

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