Doux pasteur du troupeau des âmes, Qui conduis aux sources de Dieu Ces petits enfans et ces femmes Penchés aux coupes du saint lieu ;
Semeur des célestes paroles, Qui sème la gerbe du Christ, Ce sénevé des paraboles Dont le grain lève dans l'esprit ;
Médecin d'intime souffrance Qui la retourne et qui l'endort, Qui guéris avec l'espérance Et vivifie avec la mort ;
Poète à la lyre infinie Qui, pour chanter dans le grand chœur, N'a pas besoin d'autre génie Que des battemens de ton cœur ;
Eh quoi ! tu craindrais que ma porte A tes accens ne s'ouvrit pas, Avec les anges pour escorte Et les prophètes sur tes pas ?
Homme d'amour et de prière, Ah ! loin de craindre un froid accueil, Viens, en paix et que la poussière De tes pieds s'attache à mon seuil.
Mes chiens, qui devinent leur maître, D'eux-même iront lécher tes doigts ; Les colombes de ma fenêtre Ne s'envoleront pas aux toits.
Mes oiseaux même ont l'habitude De voir monter par le chemin Ces anges de la solitude, Et le marteau connaît leur main.
Fils des champs, j'aimai de bonne heure Ces laboureurs vêtus de deuil, Dont on voit la pauvre demeure , Entre l'église et le cercueil ;
Le jardin qui rit à leur porte Dans son buisson de noisetiers, Leur seuil couvert de feuille morte Où le pauvre a fait des sentiers ;
La voix de leur cloche sonore Qui dit aux vains enfans du bruit : Que le Seigneur est dans l'aurore ! Que le Seigneur est dans la nuit !
Les longs bords de leur robe blanche, Par des groupes d'enfans suivis, Qu'on voit balayer le dimanche La poussière du vieux parvis ;
Cette odeur de myrrhe et de roses Qui s'exhale autour de leurs pas, Et leur voix qui parle de choses Que l'œil des hommes ne voit pas.
Quand le sillon courbe le reste, Eux seuls travaillent de leur main A l'œuvre du père céleste Pour un autre prix que du pain !
L'onde qu'ils versent désaltère D'autres soifs que la soif des sens, Et de tous les dons de la terre Ils ne moissonnent que l'encens.
Viens donc, détachant ta ceinture, Au foyer des bardes t'asseoir ; Ils sont l'hymne de la nature Et vous en êtes l'encensoir !
Que t'importe si mes symboles Sont les symboles que tu crois ! J'ai prié des mêmes paroles, J'ai saigné sur la même croix !
Quand l'agneau victime du monde, Dont la laine a fait tes habits, Aux flancs des collines sans onde Paissait lui-même les brebis,
Loin des piscines de son père Il n'écartait pas de la main La pauvre brebis étrangère Trouvée aux ronces du chemin,
Et quand il glanait en exemple L'épi laissé dans le buisson, Et portait, humble enfant, au temple Les prémices de sa moisson,
Il mêlait pour grossir la gerbe Qu'il offrait au père commun Des brins verdoyans de chaque herbe Et des tiges de tout parfum.
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