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1820

LES FLEURS

Alphonse LAMARTINE

Ô terre, vil monceau de boue Où germent d’épineuses fleurs, Rendons grâce à Dieu, qui secoue Sur ton sein ces fraîches couleurs !

Sans ces urnes où goutte à goutte Le ciel rend la force à nos pas, Tout serait désert, et la route Au ciel ne s’achèverait pas.

Nous dirions : À quoi bon poursuivre Ce sentier qui mène au cercueil ? Puisqu’on se lasse en vain à vivre, Mieux vaut s’arrêter sur le seuil.

Mais, pour nous cacher les distances, Sur le chemin de nos douleurs Tu semes le sol d’espérances, Comme on borde un linceul de fleurs !

Et toi, mon cœur, cœur triste et tendre, Où chantaient de si fraîches voix ; Toi qui n’es plus qu’un bloc de cendre Couvert de charbons noirs et froids,

Ah ! laisse refleurir encore Ces lueurs d’arrière-saison ! Le soir d’été qui s’évapore Laisse une pourpre à l’horizon.

Oui, meurs en brûlant, ô mon âme, Sur ton bûcher d’illusions, Comme l’astre éteignant sa flamme S’ensevelit dans ses rayons !

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