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1812

LES ESPRITS DES FLEURS

Alphonse LAMARTINE

Voyez-vous de l’or de ces urnes S’échapper ces esprits des fleurs, Tout trempés de parfums nocturnes, Tout vêtus de fraîches couleurs ?

Ce ne sont pas de vains fantômes Créés par un art décevant, Pour donner un corps aux aromes Que nos gazons livrent au vent.

Non : chaque atome de matière Par un esprit est habité ; Tout sent, et la nature entière N’est que douleur et volupté !

Chaque rayon d’humide flamme Qui jaillit de vos yeux si doux ; Chaque soupir qui de mon âme S’élance, et palpite vers vous ;

Chaque parole réprimée Qui meurt sur mes lèvres de feu, N’osant même à la fleur aimée D’un nom chéri livrer l’aveu ;

Ces songes que la nuit fait naître Comme pour nous venger du jour, Tout prend un corps, une âme, un être, Visibles, mais au seul amour !

Cet ange flottant des prairies, Pâle et penché comme ses lis, C’est une de mes rêveries Restée aux fleurs que je cueillis.

Et sur ses ailes renversées Celui qui jouit d’expirer, Ce n’est qu’une de mes pensées Que vos lèvres vont respirer.

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