O femme ! éclair vivant dont l'éclat me renverse ! O vase de splendeur qu'un jour de Dieu transperce ! Pourquoi nos yeux ravis fondent-ils sous les tiens ? Pourquoi mon ame en vain sons sa main comprimée
S'élance-t-elle à toi comme une aigle enflammée Dont le feu du bûcher a brisé les liens ? Déjà l'hiver blanchit les sommets de ma vie Sur la roule au tombeau que mes pieds ont suivie,
Ah ! j'ai derrière moi bien des nuits et des jours ! Un regard de quinze ans s'il y daignait descendre Dans mon cœur consumé, ne remûrait que cendre, Cendres de passions qui palpitent toujours !
Je devrais détourner mon cœur de leur visage, Me ranger en baissant les yeux sur leur passage, Et regarder de loin ces front ; éblouissans Comme l'on voit monter de leur urne fermée
Les vagues de parfum et de sainte fumée Dont les enfants de chœur vont respirer l'encens ! Je devrais contempler avec indifférence Ces vierges, du printemps rayonnante espérance,
Comme l'on voit passer sans regret et sans pleurs, Au bord d'un fleuve assis, ses vagues fugitives Dont le courant rapide emporte à d'autres rives Des flots, où des amans ont effeuillé des fleurs !
Cependant plus la vie au soleil s'évapore, O filles de l'Éden ! et plus on vous adore ! L'odeur de nos soupirs vous parfume les vents ! Et même quand l'hiver de vos grâces nous sèvre,
Non ! ce n'est pas de l'air qu'aspire votre lèvre : L'air que vous respirez, c'est l'ame des vivans ! Car l'homme éclos un jour d'un baiser de ta bouche, Cet homme dont ton cœur fut la première couche,
Se souvient à jamais de son nid réchauffant, Du souffle où de sa vie il puisa l'étincelle, Des étreintes d'amour au creux de ton aisselle, Et du baiser fermant sa paupière d'enfant !
Mais si tout regard d'homme à ton visage aspire, Ce n'est pas seulement parce que ton sourire Embaume sur tes dents l'air qu'il fait palpiter, Que sous le noir rideau des paupières baissées
On voit l'ombre des cils recueillir des pensées, Où notre ame s'envole et voudrait habiter. Ce n'est pas seulement parce que de la tête La lumière glissant sans qu'un angle l'arrête,
Sur l'ondulation de tes membres polis T'enveloppe d'en haut dans ses rayons de soie Comme une robe d'air et de jour qui te noie Dans l'éther lumineux d'un vêtement sans plis !
Ce n'est pas seulement parce que tu déplies Voluptueusement ces bras dont tu nous lies, Chaîne qui d'un seul cœur réunit les deux parts, Que ton cou de ramier sur l'aile se renverse
Et que s'enfle à ton sein cette coupe qui verse Le nectar à la bouche et l'ivresse aux regards ! Mais c'est que le Seigneur, ô belle créature ! Fit de toi le foyer des feux de la nature,
Que par toi tout amour a son pressentiment, Que toutes voluptés dont le vrai nom est femme, Traversent ton beau corps ou passent par ton ame, Comme toutes clartés tombent du firmament !
Cette chaleur du ciel, dont ton sein surabonde, A deux rayonnements pour embraser le monde Selon que son foyer fait ondoyer son feu ; Lorsque sur un seul cœur ton ame le condense,
L'homme est roi, c'est l'amour ! il devient Providence Quand il s'épand sur tous et rejaillit vers Dieu. Alors on voit l'enfant renversé sur ta hanche, Effeuiller le bouton que ta mamelle penche
Comme un agneau qui joue avec le flot qu'il boit ; L'adolescent qu'un geste à tes genoux rappelle, Suivre de la pensée au livre qu'il épelle La sagesse enfantine écrite sous tes doigts !
L'orphelin se cacher dans les plis de ta robe, L'indigent savourer le regard qu'il dérobe, Le vieillard à tes pieds s'asseoir à ton soleil, Le mourant dans son lit retourné sans secousse
Sur ce bras de la femme où la mort même est douce, S'endormir dans ce sein qu'il pressait au réveil ! Amour et charité, même nom dont on nomme La pitié du Très-Haut et l'extase de l'homme !
Oui ! tu lésas compris, peintre aux langues de feu ! La beauté sous la main, par un double mystère, Unit ces deux amours du ciel et de la terre. Ah ! gardons l'un pour l'homme et brûlons l'autre à Dieu.
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