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1823

IMPROVISÉE À LA GRANDE-CHARTREUSE

Alphonse LAMARTINE

Jéhovah de la terre a consacré les cimes ; Elles sont de ses pas le divin marchepied ; C’est là qu’environné de ses foudres sublimes Il vole, il descend, il s’assied.

Sina, l’Olympe même, en conservent la trace : L’Oreb, en tressaillant, s’inclina sous ses pas ; Thor entendit sa voix, Gelboé vit sa face ; Golgotha pleure son trépas.

Dieu que l’Hébron connaît, Dieu que Cédar adore, Ta gloire à ces rochers jadis se dévoila ; Sur le sommet des monts nous te cherchons encore : Seigneur, réponds-nous ; es-tu là ?

Paisibles habitants de ces saintes retraites, Comme au pied de ces monts où priait Israël, Dans le calme des nuits, des hauteurs où vous êtes N’entendez-vous donc rien du ciel ?

Ne voyez-vous jamais les divines phalanges Sur vos dômes sacrés descendre et se pencher ? N’entendez-vous jamais des doux concerts des anges Retentir l’écho du rocher ?

Quoi ! l’âme en vain regarde, aspire, implore, écoute : Entre le ciel et nous est-il un mur d’airain ? Vos yeux toujours levés vers la céleste voûte, Vos yeux sont-ils levés en vain ?

Pour s’élancer, Seigneur, où ta voix les appelle, Les astres de la nuit ont des chars de saphirs ; Pour s’élever à toi, l’aigle au moins a son aile : Nous n’avons rien que nos soupirs.

Que la voix de tes saints s’élève et te désarme : La prière du juste est l’encens des mortels. Et nous, pécheurs, passons : nous n’avons qu’une larme À répandre sur tes autels.

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