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1830

CANTATE POUR LES ENFANTS

Alphonse LAMARTINE

Le temple de Sion était dans le silence ! Les saints hymnes dormaient sur les harpes de Dieu . Les foyers odorants que l'encensoir balance S'éteignaient ; et l'encens, comme un nuage immense,

S'élevait en rampant sur les murs du saint lieu. Les docteurs de la loi, les chefs de la prière. Étaient assis dans leur orgueil, Sous leurs sourcils pensifs ils cachaient leur paupière.

Ou lançaient sur la foule un superbe coup d'œil ; Leur voix interrogeait la timide jeunesse, Les rides de leurs fronts témoignaient leur sagesse ; Respirant du Sina l'antique majesté,

De leurs cheveux blanchis, de leur barbe touffue, On croyait voir glisser sur leur poitrine nue La lumière et la charité, Comme des neiges des montagnes

Descendent, ô Sâron, sur tes humbles campagnes Le jour et la fertilité ! Un enfant devant eux s'avança, plein de grâce ; La foule, en l'admirant, devant ses pas s'ouvrait,

Puis se refermait sur sa trace ; Il semblait éclairer l'espace D'un jour surnaturel que lui seul ignorait ! Des ombres de sa chevelure

Son front sortait, comme un rayon Échappé de la nue obscure Éclaire un sévère horizon. Ce front pur et mélancolique

S'avançait sur l'œil inspiré. Tel qu'un majestueux portique S'avance sur un seuil sacré ! L'éclair céleste de son âme

S'adoucissait dans son œil pur, Comme une étoile dont la flamme Sort plus douce des flots d'azur. Il parla : les sages doutèrent

De leur orgueilleuse raison, Et les colonnes l'écoutèrent, Les colonnes de Salomon ! O merveilleuse histoire ! ô prodiges étranges

Que la mère à ses fils se plaît à raconter ! Que disait cet enfant ? Interrogez les anges Eux seuls pourraient le répéter !

D'où sortait ce Joas ? De l'ombre de la vie, De l'exil, du silence et de la pauvreté ! Comment disparut-il de la foule ravie ?

Il rentra dans l'obscurité ; Dans les humbles travaux d'une vie inconnue, Comme l'aurore sous la nue, Il se cacha vingt ans dans son humilité ;

On ne le revit plus qu'à la fin du mystère, Enseignant le ciel à la terre. Sur le sable ou sur l'eau semant la vérité, Puis, traînant son supplice au sommet du Calvaire,

De l'homme qu'il aimait victime volontaire, Revêtir l'iniquité, Arroser de son sang sa semence prospère Et payer à son père

Le monde racheté ! Du sage et de l'enfant c'est le maître sublime, C'est le flambeau qui nous luit, C'est l'âme qui nous anime,

Le chemin qui nous conduit ! Il disait à celui dont la main nous repousse : Laissez-les venir à moi ! Et voilà qu'une main mystérieuse et douce

Tout petits jusqu'à lui nous mène par la foi ! Il disait : Faites-vous des trésors que la rouille Ne puisse pas ronger sous d'impuissants verrous ! Et voilà que des mains, que ce seul mot dépouille.

S'ouvrent devant lui seul et s'épanchent sur nous ! Il disait : Espérez ! et fiez-vous au Père ! L'hirondelle n'a point de palais sur la terre, Elle trouve au sommet de la tour solitaire

Une tuile pour ses petits ! Le passereau n'a pas semé la graine amère, Mais de tous ses enfants la Providence est mère. L'une a le toit du riche, et l'autre a ses épis !

Nous sommes l'hirondelle errante et sans asile, Le toit de l'étranger nous prête ses abris ; Le passereau de l'Évangile, Nous ne moissonnons pas, et nous sommes nourris !

Que disait-il encor ? Voyez sur la verdure Éclater le lis du vallon ! Pour se composer sa parure

Il n'a filé de lin, ni tissu de toison. Et pourtant sa tunique est plus riche et plus pure Que les robes de Salomon ! Nous sommes les lis des vallées,

Les tièdes laines des brebis Par nous n'ont point été filées, Et la main invisible a tissé nos habits ! Et nous, enfants, que peut notre reconnaissance ?

Nos toits sont sans trésor, et notre âge impuissant ! Nous n'avons que nos mains à lever en silence Vers cette Providence D'où vient la récompense.

D'où le bienfait descend ! Et que pourraient de plus les rois et leur puissance ? Pour nos modestes bienfaiteurs Priez donc, élevez la voix de l'innocence ;

La prière s'épure en passant par vos cœurs ! Heureux l'homme pour qui la prière attendrie S'élève des lèvres d'autrui ! Il obtient par la voix de l'orphelin qui prie

Plus qu'il n'a fait pour lui. La prière est le don sans tache et sans souillure Que devant l'autel du Très-Haut L'homme doit présenter dans une argile pure

Et dans des vases sans défaut ; Comment offrir ce don dans ce métal profane Que sa sainteté nous défend ? Du cristal ou de l'or que notre encens émane,

Le vase le plus pur est le cœur d'un enfant ! Le vœu souvent perdu de nos cœurs s'évapore ; Mais ce vœu de nos cœurs par d'autres présenté, Est comme un faible son dans un temple sonore,

Qui d'échos en échos, croissant et répété, S'élève et retentit jusqu'à l'éternité ! Prions donc ! élevons la voix de l'innocence, La prière s'épure en passant par nos cœurs !

Les anges porteront à la Toute-Puissance Nos bénédictions et l'encens de nos pleurs ! Prions donc ! élevons la voix de l'innocence, La prière s'épure en passant par nos cœurs !

O toi dont l'oreille s'incline Au nid du pauvre passereau. Au brin d'herbe de la colline Qui soupire après un peu d'eau !

Providence qui les console, Toi qui sais de quelle humble main S'échappe la secrète obole Dont le pauvre achète son pain !

Toi qui tiens dans ta main diverse L'abondance et la nudité, Afin que de leur doux commerce, Naissent justice et charité !

Charge-toi seule, ô Providence, De connaître nos bienfaiteurs, Et de puiser leur récompense Dans les trésors de tes faveurs !

Noire cœur, qui pour eux t'implore, A l'ignorance est condamné ; Car toujours leur main gauche ignore Ce que leur main droite a donné !

Mais que le bienfait qui se cache Sous l'humble manteau de la foi, A leurs mains pieuses s'attache Et les trahisse devant toi !

Qu'un vœu qui dans leur cœur commence, Que leurs soupirs les plus voilés Soient exaucés dans ta clémence Avant de t'être révélés !

Que leurs mères dans leur vieillesse Ne meurent qu'après des jours pleins ! Et que les fils de leur jeunesse Ne restent jamais orphelins !

Mais que leur race se succède, Comme les chênes de Membré, Dont aux ans le vieux tronc ne cède Que quand le jeune a prospéré !

Ou comme ces eaux toujours pleines, Dans les sources de Siloé, Où nul flot ne sort des fontaines Qu'après que d'autres ont coulé !

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