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1839

A UNE JEUNE MOLDAVE

Alphonse LAMARTINE

Souvent en respirant ces nocturnes haleines Qui des monts éloignés descendent sur les plaines Ou des bords disparus sur les vagues des mers, On croit dans ces parfums, que l'esprit décompose,

Reconaître l'odeur des lys ou de la rose Apporté de loin parles airs. L'imagination, cet œil de la pensée, Se figure la tige aux rochers balancée

Exhalant pour vous seul son souffle du matin. «Je t'aime, lui dit-on, violette ou pervenche, « O sympathique fleur dont l'urne qui se penche « M'adresse ce parfum lointain !

« Comme un amant distingue entre déjeunes têtes, « Parmi ces fronts charmans qui décorent nos fêtes, " L'odeur des blonds cheveux dont se souvient son cœur, " A travers ces parfums mystérieux et vagues

« Que la brise des nuits fait flotter sur les vagues, « Je démêle et bois ton odeur ! » Ainsi, fleur du Danube attachée à sa rive, A travers tes forêts ton doux encens m'arrive,

Et mon cœur enivré se demande pourquoi ? Pourquoi la vierge assise au pied du sycomore, En murmurant les vers d'un pays qu'elle ignore, Rougit-elle en pensant à moi ?

C'est que la poésie est l'haleine de l'ame, Que le vent porte loin aux oreilles de femme, Et qui leur parle bas comme une voix d'amant, Que la vierge attentive à la strophe touchante

Croit entre sa pensée et le livre qui chante, Sentir un invisible aimant ! Oh ! combien de baisers d'une bouche secrète Sur la page sacrée a reçus le poète

Sans en avoir senti le délirant frisson ! Oh ! qu'il voudrait, semblable aux notes de sa lyre, Aller boire un regard des yeux qui vont le lire, Envieux d'un rêve et d'un son !…

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