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1839

A UNE JEUNE FILLE

Alphonse LAMARTINE

Des cheveux ! mais ils sont blanchis sous les années ! Des cheveux ! mais ils vont tomber sous les hivers ! Que feraient tes beaux doigts de leurs boucles fanées ? Pour tresser la couronne, il faut des rameaux verts.

Crois-tu donc, jeune fille, aux jours d'ombre et de joie Qu'un front d'homme, chargé de quarante printemps, Germe ces blonds anneaux et ces boucles de soie Où l'espérance joue avec les dix-sept ans ?

Crois-tu donc que la lyre, où notre ame s'accorde, Chante au fond de nos cœurs, toujours pleine de voix, Sans que de temps en temps il s'y rompe une corde Qui laisse, en se taisant, un vide sous nos doigts ?

Pauvre naïve enfant ! que dirait l'hirondelle Si, quand l'hiver l'abat aux débris de sa tour, Ta voix lui demandait les plumes de son aile Qu'emporte la tempête ou sème le vautour ?

Demande, dirait-elle, au nuage, à l'écume, A l'épine, au désert, aux ronces du chemin, A tous les vents du ciel j'ai laissé quelque plume, Et pour me réchauffer je n'ai plus que ta main !

Ainsi te dit mon cœur, jeune et tendre inconnue ; Mais quand dans ces cheveux vos souffles passeront, Je sentirai long-temps, malgré ma tempe nue, La sève de vingt ans battre encor dans mon front.

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