Skip to content
1886

PIERROTS III

Jules LAFORGUE

Il me faut, vos yeux ! Dès que je perds leur étoile, Le mal des calmes plats s'engouffre dans ma voile, Le frisson du vae soli ! gargouille en mes moelles… Vous auriez dû me voir après cette querelle !

J'errais dans l'agitation la plus cruelle, Criant aux murs : mon dieu ! Mon dieu ! Que dira-t-elle ? Mais aussi, vrai, vous me blessâtes aux antennes De l'âme, avec les mensonges de votre traîne.

Et votre tas de complications mondaines. Je voyais que vos yeux me lançaient sur des pistes, je songeais : oui, divins, ces yeux ! Mais rien n'existe Derrière ! Son âme est affaire d'oculiste.

Moi, je suis laminé d'esthétiques loyales ! Je hais les trémolos, les phrases nationales ; Bref, le violet gros deuil est ma couleur locale. Je ne suis point " ce gaillard-là ! " ni le superbe !

Mais mon âme, qu'un cri un peu cru exacerbe, Est au fond distinguée et franche comme une herbe. J'ai des nerfs encor sensibles au son des cloches, Et je vais en plein air sans peur et sans reproche,

Sans jamais me sourire en un miroir de poche. C'est vrai, j'ai bien roulé ! J'ai râlé dans des gîtes Peu vous ; mais, n'en ai-je pas plus de mérite À en avoir sauvé la foi en vos yeux ? Dites…

— Allons, faisons la paix, venez, que je vous berce, Enfant. Eh bien ? — C'est que, votre pardon me verse Un mélange (confus) d'impressions… diverses…

Cookies on Poetry Cove

We use cookies to remember your language preference and — only with your consent — to learn how Poetry Cove is used. You can change your mind any time.
PIERROTS III · Jules LAFORGUE · Poetry Cove