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1886

II

Jules LAFORGUE

Le cœur blanc tatoué De sentences lunaires, Ils ont : " faut mourir, frères ! " Pour mot-d'ordre-évohé.

Quand trépasse une vierge, Ils suivent son convoi, Tenant leur cou tout droit Comme on porte un beau cierge.

Rôle très fatigant, D'autant qu'ils n'ont personne Chez eux, qui les frictionne D'un conjugal onguent.

Ces dandys de la lune S'imposent, en effet, De chanter " s'il vous plaît ? " De la blonde à la brune.

Car c'est des gens blasés ; Et s'ils vous semblent dupes, çà et là, de la jupe, Lange à cicatriser,

Croyez qu'ils font la bête Afin d'avoir des seins, Pis-aller de coussins À leurs savantes têtes.

Écarquillant le cou Et feignant de comprendre De travers, la voix tendre, Mais les yeux si filous !

— D'ailleurs, de mœurs très fines, Et toujours fort corrects, (école des cromlechs Et des tuyaux d'usines).

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