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1885

COMPLAINTE-LITANIES DE MON SACRÉ-CŒUR

Jules LAFORGUE

Prométhée et Vautour, châtiment et blasphème, Mon Cœur, cancer sans cœur, se grignote lui-même. Mon Cœur est une urne où j'ai mis certains défunts, Oh ! Chut, refrains de leurs berceaux ! Et vous, parfums…

Mon Cœur est un lexique où cent littératures Se lardent sans répit de divines ratures. Mon Cœur est un désert altéré, bien que soûl De ce vin revomi, l'universel dégoût.

Mon Cœur est un Néron, enfant gâté d'Asie, Qui d'empires de rêve en vain se rassasie. Mon cœur est un noyé vidé d'âme et d'essors, Qu'étreint la pieuvre Spleen en ses ventouses d'or.

C'est un feu d'artifice, hélas ! Qu'avant la fête, A noyé sans retour l'averse qui s'embête. Mon Cœur est le terrestre Histoire-Corbillard, Que traînent au néant l'instinct et le hasard.

Mon Cœur est une horloge oubliée à demeure, Qui, me sachant défunt, s'obstine à sonner l'heure ! Mon aimée était là, toute à me consoler ; Je l'ai trop fait souffrir, ça ne peut plus aller.

Mon Cœur, plongé au Styx de nos arts danaïdes, Présente à tout baiser une armure de vide. Et toujours, mon Cœur, ayant ainsi déclamé, En revient à sa complainte : Aimer, être aimé !

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