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1885

COMPLAINTE DU PAUVRE CHEVALIER-ERRANT

Jules LAFORGUE

Jupes des quinze ans, aurores de femmes, Qui veut, enfin, des palais de mon âme ? Perrons d'œillets blancs, escaliers de flamme, Labyrinthes alanguis,

Édens qui Sonneront sous vos pas reconnus, des airs reconquis. Instincts-levants souriant par les fentes, Méditations un doigt à la tempe,

Souvenirs clignotant comme des lampes, Et, battant les corridors, Vains essors, Les Dilettantismes chargés de colliers de remords.

Oui, sans bruit, vous écarterez mes branches, Et verrez comme, à votre mine franche, Viendront à vous mes biches les plus blanches, Mes ibis sacrés, mes chats,

Et, rachats ! Ma Vipère de Lettre aux bien effaçables crachats. Puis, frêle mise au monde ! Ô Toute Fine, Ô ma Tout-universelle orpheline,

Au fond de chapelles de mousseline Pâle, ou jonquille à poids noirs, Dans les soirs, Feu d'artificeront envers vous mes sens encensoirs !

Nous organiserons de ces parties ! Mes caresses, naïvement serties, Mourront, de ta gorge aux vierges hosties, Aux amandes de tes seins !

Ô tocsins, Des cœurs dans le roulis des empilements de coussins. Tu t'abandonnes au Bon, moi j'abdique ; Nous nous comblons de nos deux Esthétiques ;

Tu condimentes mes piments mystiques, J'assaisonne tes saisons ; Nous blasons, À force d'étapes sur nos collines, l'Horizon !

Puis j'ai des tas d'éternelles histoires, Ô mers, ô volières de ma Mémoire ! Sans compter les passes évocatoires ! Et quand tu t'endormiras,

Dans les draps D'un somme, je t'éventerai de lointains opéras. Orage en deux cœurs, ou jets d'eau des siestes, Tout sera Bien, contre ou selon ton geste,

Afin qu'à peine un prétexte te reste De froncer tes chers sourcils, Ce souci : « Ah ! Suis-je née, infiniment, pour vivre par ici ? »

‒ Mais j'ai beau parader, toutes s'en fichent ! Et je repars avec ma folle affiche, Boniment incompris, piteux sandwiche : Au Bon Chevalier-Errant,

Restaurant, Hôtel meublé, Cabinets de lecture, prix courants.

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