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1885

COMPLAINTE DES PRINTEMPS

Jules LAFORGUE

Permettez, ô sirène, Voici que votre haleine Embaume la verveine ; C'est l'printemps qui s'amène !

‒ Ce système, en effet, ramène le printemps, Avec son impudent cortège d'excitants. Ôtez donc ces mitaines ; Et n'ayez, inhumaine,

Que mes soupirs pour traîne : Ous'qu'il y a de la gêne… ‒ Ah ! Yeux bleus méditant sur l'ennui de leur art ! Et vous, jeunes divins, aux soirs crus de hasard !

Du géant à la naine, Vois, tout bon sire entraîne Quelque contemporaine, Prendre l'air, par hygiène…

‒ Mais vous saignez ainsi pour l'amour de l'exil ! Pour l'amour de l'Amour ! D'ailleurs, ainsi soit-il… T'ai-je fait de la peine ? Oh ! Viens vers les fontaines

Où tournent les phalènes Des Nuits Élyséennes ! ‒ Pimbèche aux yeux vaincus, bellâtre aux beaux jarrets, Donnez votre fumier à la fleur du Regret.

Voilà que son haleine N'embaum'plus la verveine ! Drôle de phénomène… Hein, à l'année prochaine ?

‒ Vierges d'hier, ce soir traîneuses de fœtus, À genoux ! Voici l'heure où se plaint l'Angélus. Nous n'irons plus au bois, Les pins sont éternels,

Les cors ont des appels !… Neiges des pâles mois, Vous serez mon missel ! ‒ Jusqu'au jour de dégel.

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