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1885

COMPLAINTE DES NOCES DE PIERROT

Jules LAFORGUE

Où te flatter pour boire dieu, Ma provisoire corybante ? Je sauce mon âme en tes yeux, Je ceins ta beauté pénitente,

Où donc vis-tu ? Moi si pieux, Que tu m'es lente, lente ! Tes cils m'insinuent : c'en est trop ; Et leurs calices vont se clore,

Sans me jeter leur dernier mot, Et refouler mes métaphores, De leur petit air comme il faut ? Isis, levez le store !

Car cette fois, c'est pour de bon ; Trop d'avrils, quittant la partie Devant des charmes moribonds, J'ai bâclé notre eucharistie

Sous les trépieds où ne répond Qu'une aveugle Pythie ! Ton tabernacle est dévasté ? Sois sage, distraite égoïste !

D'ailleurs, suppôt d'éternité, Le spleen de tout ce qui n'existe Veut qu'en ce blanc matin d'été, Je sois ton exorciste !

Ainsi, fustigeons ces airs plats Et ces dolentes pantomimes Couvrant d'avance du vieux glas Mes toscins à l'hostie ultime !

Ah ! Tu me comprends, n'est-ce pas, Toi, ma moins pauvre rime ? Introïbo, voici l'Époux ! Hallali ! Songe au pôle, aspire ;

Je t'achèterai des bijoux, Garde-moi ton ut de martyre… Quoi ! Bébé bercé, c'est donc tout ? Tu n'as plus rien à dire ?

‒ Mon dieu, mon dieu ! Je n'ai rien eu, J'en suis encore aux poncifs thèmes ! Son teint me redevient connu, Et, sur son front tout au baptême,

Aube déjà l'air ingénu ! L'air vrai ! L'air non mortel quand même ! Ce qui fait que je l'aime, Et qu'elle est même, vraiment,

La chapelle rose Où parfois j'expose Le Saint-Sacrement De mon humeur du moment.

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