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1885

COMPLAINTE DES GRANDS PINS

Jules LAFORGUE

Tout hier, le soleil a boudé dans ses brumes, Le vent jusqu'au matin n'a pas décoléré, Mais, nous point des coteaux là-bas, un œil sacré Qui va vous bousculer ces paquets de bitume !

‒ Ah ! Vous m'avez trop, trop vanné, Bals de diamants, hanches roses ; Et, bien sûr, je n'étais pas né Pour ces choses.

‒ Le vent jusqu'au matin n'a pas décoléré. Oh ! Ces quintes de toux d'un chaos bien posthume, ‒ Prés et bois vendus ! Que de gens, Qui me tenaient mes gants, serviles,

À cette heure, de mes argents, Font des piles ! ‒ Délayant en ciels bas ces paquets de bitume Qui grimpaient talonnés de noirs Misérérés !

‒ Elles, coudes nus dans les fruits, Riant, changeant de doigts leurs bagues ; Comme nos plages et nos nuits Leur sont vagues !

‒ Oh ! Ces quintes de toux d'un chaos bien posthume, Chantons comme Memnon, le soleil a filtré, ‒ Et moi, je suis dans ce lit cru De chambre d'hôtel, fade chambre,

Seul, battu dans les vents bourrus De novembre. ‒ Qui, consolant des vents les noirs Misérérés, Des nuages en fuite éponge au loin l'écume.

‒ Berthe aux sages yeux de lilas, Qui priais Dieu que je revinsse, Que fais-tu, mariée là-bas, En province ?

‒ Memnons, ventriloquons ! Le cher astre a filtré Et le voilà qui tout authentique s'exhume ! ‒ Oh ! Quel vent ! Adieu tout sommeil ; Mon Dieu, que je suis bien malade !

Oh ! Notre croisée au soleil Bon, à Bade. ‒ Il rompt ses digues ! Vers les grands labours qui fument ! Saint Sacrement ! Et labarum des nox iræ !

‒ Et bientôt, seul, je m'en irai, À Montmartre, en cinquième classe, Loin de père et mère, enterrés En Alsace.

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