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1885

COMPLAINTE DES BLACKBOULÉS

Jules LAFORGUE

« Ni vous, ni votre art, monsieur. " C'était un dimanche, Vous savez où. À vos genoux, Je suffoquai, suintant de longues larmes blanches.

L'orchestre du jardin jouait ce « si tu m'aimes » Que vous savez ; Et je m'en vais Depuis, et pour toujours, m'exilant sur ce thème.

Et toujours, ce refus si monstrueux m'effraie Et me confond Pour vous au fond, Si Regard-Incarné ! Si moi-même ! Si vraie !

Bien. ‒ Maintenant, voici ce que je vous souhaite, Puisque, après tout, En ce soir d'août, Vous avez craché vers l'Art, par-dessus ma tête.

Vieille et chauve à vingt ans, sois prise pour une autre Et sans raison, Mise en prison, Très loin, et qu'un geôlier, sur toi, des ans, se vautre.

Puis, passe à Charenton, parmi de vagues folles, Avec Paris Là-bas, fleuri, Ah ! Rêve trop beau ! Paris où je me console.

Et demande à manger, et qu'alors on confonde ! Qu'on croie à ton Refus ! Et qu'on Te nourrisse, horreur ! Horreur ! Horreur ! À la sonde.

La sonde t'entre par le nez, Dieu vous bénisse ! À bas, les mains ! Et le bon vin, Le lait, les œufs te gavent par cet orifice.

Et qu'après bien des ans de cette facétie, Un interne (aux Regards loyaux ! ) Se trompe de conduit ! Et verse, et t'asphyxie.

Et voilà ce que moi, guéri, je vous souhaite, Cœur rose, pour Avoir un jour Craché sur l'Art ! L'Art pur ! Sans compter le poète.

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