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1885

COMPLAINTE DE L'ORGUE DE BARBARIE

Jules LAFORGUE

Orgue, Orgue de Barbarie, Don Quichotte, Souffre-Douleur, Vidasse, vidasse ton cœur, Ma pauvre rosse endolorie.

Hein, étés idiots, Octobres malades, Printemps, purges fades, Hivers tout vieillots ?

‒ « Quel silence, dans la forêt d'automne, Quand le soleil en son sang s'abandonne ! » Gaz, haillons d'affiches, Feu les casinos,

Cercueils des pianos, Ah ! Mortels postiches. ‒ « Déjà la nuit, qu'on surveille à peine Le frou-frou de sa titubante traîne. »

Romans pour les quais, Photos élégiaques, Escarpins, vieux claques, D'un coup de balai !

‒ « Oh ! J'ai peur, nous avons perdu la route ; Paul, ce bois est mal famé ! Chut, écoute… » Végétal fidèle, Ève aime toujours

LUI ! Jamais pour Nous, jamais pour elle. ‒ « Ô ballets corrosifs ! Réel, le crime ? La lune me pardonnait dans les cimes. »

Vêpres, Ostensoirs, Couchants ! Sulamites De province aux rites Exilants des soirs !

‒ « Ils m'ont brûlée ; et depuis, vagabonde Au fond des bois frais, j'implore le monde. » Et les vents s'engueulent, Tout le long des nuits !

Qu'est-c'que moi j'y puis, Qu'est-ce donc qu'ils veulent ? ‒ « Je vais guérir, voyez la cicatrice, Oh ! Je ne veux pas aller à l'hospice ! »

Des berceaux fienteux Aux bières de même, Bons couples sans gêne, Tournez deux à deux.

Orgue, Orgue de Barbarie ! Scie autant que Souffre-Douleur, Vidasse, vidasse ton cœur, Ma pauvre rosse endolorie.

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