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1885

COMPLAINTE DE L'AUTOMNE MONOTONE

Jules LAFORGUE

Automne, automne, adieux de l'Adieu ! La tisane bout, noyant mon feu ; Le vent s'époumonne À reverdir la bûche où mon grand cœur tisonne.

Est-il de vrais yeux ? Nulle ne songe à m'aimer un peu. Milieux aptères, Ou sans divans ;

Regards levants, Deuils solitaires, Vers des Sectaires ! Le vent, la pluie, oh ! Le vent, la pluie !

Antigone, écartez mon rideau ; Cet ex-ciel tout suie, Fond-il decrescendo, statu quo, crescendo ? Le vent qui s'ennuie,

Retourne-t-il bien les parapluies ? Amours, gibiers ! Aux jours de givre, Rêver sans livre,

Dans les terriers Chauds de fumiers ! Plages, chemins de fer, ciels, bois morts, Bateaux croupis dans les feuilles d'or,

Le quart aux étoiles, Paris grasseyant par chic aux prises de voiles : De trop poignants cors M'ont hallalisé ces chers décors.

Meurtres, alertes, Rêves ingrats ! En croix, les bras ; Roses ouvertes,

Divines pertes ! Le soleil mort, tout nous abandonne. Il se crut incompris. Qu'il est loin ! Vent pauvre, aiguillonne

Ces convois de martyrs se prenant à témoins ! La terre, si bonne, S'en va, pour sûr, passer cet automne. Nuits sous-marines !

Pourpres forêts, Torrents de frais, Bancs en gésines, Tout s'illumine !

‒ Allons, fumons une pipette de tabac, En feuilletant un de ces si vieux almanachs, En rêvant de la petite qui unirait Aux charmes de œillet ceux du chardonneret.

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