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1885

COMPLAINTE DE L'ANGE INCURABLE

Jules LAFORGUE

Je t'expire mes Cœurs bien barbouillés de cendres ; Vent esquinté de toux des paysages tendres ! Où vont les gants d'avril, et les rames d'antan ? L'âme des hérons fous sanglote sur l'étang.

Et vous, tendres D'antan ? Le hoche-queue pépie aux écluses gelées ; L'amante va, fouettée aux plaintes des allées.

Sais-tu bien, folle pure, où sans châle tu vas ? ‒ Passant oublié des yeux gais, j'aime là-bas… ‒ En allées Là-bas !

Le long des marbriers (Encore un beau commerce ! ) Patauge aux défoncés un convoi, sous l'averse. Un trou, qu'asperge un prêtre âgé qui se morfond, Bâille à ce libéré de l'être ; et voici qu'on

Le déverse Au fond. Les moulins décharnés, ailes hier allègres, Vois, s'en font les grands bras du haut des coteaux maigres !

Ci-gît n'importe qui. Seras-tu différent, Diaphane d'amour, ô Chevalier-Errant ? Claque, ô maigre Errant !

Hurler avec les loups, aimer nos demoiselles, Serrer ces mains sauçant dans de vagues vaisselles ! Mon pauvre vieux, il le faut pourtant ! Et puis, va, Vivre est encor le meilleur parti ici-bas.

Non ! Vaisselles D'ici-bas ! Au-delà plus sûr que la Vérité ! Des ailes D'Hostie ivre et ravie aux cités sensuelles !

Quoi ! Ni Dieu, ni l'art, ni ma Sœur Fidèle ; mais Des ailes ! Par le blanc suffoquant ! À jamais, Ah ! Des ailes À jamais !

‒ Tant il est vrai que la saison dite d'automne N'est aux cœurs mal fichus rien moins que folichonne.

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