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1885

COMPLAINTE

Jules LAFORGUE

Le couchant de sang est taché Comme un tablier de boucher ; Oh ! Qui veut aussi m'écorcher ! ‒ Maintenant c'est comme une rade !

Ça vous fait le cœur tout nomade, À cingler vers mille Lusiades ! Passez, ô nuptials appels, Vers les comptoirs, les Archipels

Où l'on mastique le bétel ! Je n'aurai jamais d'aventures ; Qu'il est petit, dans la Nature, Le chemin d'fer Paris-Ceinture !

V'la l'fontainier ! Il siffle l'air (connu) du bon roi Dagobert ; Oh ! Ces matins d'avril en mer ! ‒ Le vent galope ventre à terre,

En vain voudrait-on le fair'taire ! Ah ! Nom de Dieu ! Quelle misère ! ‒ Le Soleil est mirobolant Comme un poitrail de chambellan,

J'en demeure les bras ballants ; Mais jugez si ça m'importune, Je rêvais en plein de lagunes De Venise au clair de la lune !

‒ Vrai ! La vie est pour les badauds. Quand on a du dieu sous la peau, On cuve ça sans dire mot. L'obélisque quadrangulaire,

De mon spleen monte ; j'y digère, En stylite, ce gros Mystère.

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