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1886

CLAIR DE LUNE

Jules LAFORGUE

Penser qu'on vivra jamais dans cet astre, Parfois me flanque un coup dans l'épigastre. Ah ! Tout pour toi, lune, quand tu t'avances Aux soirs d'août par les féeries du silence !

Et quand tu roules, démâtée, au large À travers les brisants noirs des nuages ! Oh ! Monter, perdu, m'étancher à même Ta vasque de béatifiants baptêmes !

Astre atteint de cécité, fatal phare Des vols migrateurs des plaintifs Icares ! Œil stérile comme le suicide, Nous sommes le congrès des las, préside ;

Crâne glacé, raille les calvities De nos incurables bureaucraties ; Ô pilule des léthargies finales, Infuse-toi dans nos durs encéphales !

Ô Diane à la chlamyde très dorique, L'amour cuve, prend ton carquois et pique Ah ! D'un trait inoculant l'être aptère, Les cœurs de bonne volonté sur terre !

Astre lavé par d'inouïs déluges, Qu'un de tes chastes rayons fébrifuges, Ce soir, pour inonder mes draps, dévie, Que je m'y lave les mains de la vie !

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