Skip to content
1885

AUTRE COMPLAINTE

Jules LAFORGUE

Prolixe et monocorde, Le vent dolent des nuits Rabâche ses ennuis, Veut se pendre à la corde

Des puits ! Et puis ? Miséricorde ! ‒ Voyons, qu'est-ce que je veux ? Rien. Je suis-t-il malhûreux !

Oui, les phares aspergent Les côtes en sanglots, Mais les volets sont clos Aux veilleuses des vierges,

Orgue au galop, Larmes des cierges ! ‒ Après ? Qu'est-ce qu'on y peut ? ‒ Rien. Je suis-t-il malhûreux !

Vous, fidèle madone, Laissez ! Ai-je assisté, Moi, votre puberté ? Ô jours où Dieu tâtonne,

Passants d'été, Pistes d'automne ! ‒ Eh bien ! Aimerais-tu mieux… ‒ Rien. Je suis-t-il malhûreux !

Cultes, Littératures, Yeux chauds, lointains ou gais, Infinis au rabais, Tout train-train, rien qui dure,

Oh ! À jamais Des créatures ! ‒ Ah ! Ça qu'est-ce que je veux ? ‒ Rien. Je suis-t-il malhûreux !

Bagnes des pauvres bêtes, Tarifs d'alléluias, Mortes aux camélias, Oh ! Lendemain de fête

Et paria, Vrai, des planètes ! ‒ Enfin ! Quels sont donc tes vœux ? ‒ Nuls. Je suis-t-il malhûreux !

La nuit monte, armistice Des cités, des labours. Mais il n'est pas, bon sourd, En ton digne exercice,

De raison pour Que tu finisses ? ‒ Bien sûr. C'est ce que je veux. Ah ! Je suis-t-il malhûreux !

Cookies on Poetry Cove

We use cookies to remember your language preference and — only with your consent — to learn how Poetry Cove is used. You can change your mind any time.
AUTRE COMPLAINTE · Jules LAFORGUE · Poetry Cove