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1876

Les Danaïdes

Auguste LACAUSSADE

Nous n'aimons plus ! Où donc est cet âge vanté, Quand des fleurs nous gagnaient le cœur de la beauté ; Quand le nid d'un oiseau, des fruits, le lait des chèvres, Faisaient baisser les yeux et sourire les lèvres ?

Les blancs ramiers alors servaient de messagers ; Mais, ô ramiers ! ô cœurs ! les temps vous ont changés. Les hommes sont grossiers, les femmes sont vénales ; On préfère au bonheur les voluptés banales :

L'une veut ton amour, l'autre veut plus encor ; Celle-ci veut des vers ; — toutes veulent de l'or ! Dans votre âme sans fond, en vain, ô Danaïdes ! J'ai tout jeté, mon cœur, mes chants, mes dons candides.

Aujourd'hui, comme vous, je veux d'un sort meilleur : De fou je deviens sage, et de tendre, railleur ; Et, bien que j'aime encor l'éclat des noires tresses, Un corps souple, des yeux aux humides caresses,

Aujourd'hui, palpitant sous un regard vainqueur, Je vous puis tout donner, tout, — excepté mon cœur !

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