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1852

Le Ravinale

Auguste LACAUSSADE

O frère du palmier, ô svelte ravinale, Sur nos sommets déserts la brise matinale Berce ta large feuille où reluit le soleil ; Du sein noir des forêts ta verte tête émerge :

La huppe des grands bois, l'oiseau bleu de la Vierge Du jour y guettent le réveil. Bel arbre, tu te plais au fond des solitudes, Dans les ravins abrupts aux flancs ardus et rudes.

Au voyageur errant sur nos monts sourcilleux, Tu gardes dans ta feuille une eau qui désaltère, Et, sous l'astre au zénith, la fraîcheur solitaire De ton feuillage lumineux.

Dans ma songeuse enfance aux courses vagabondes, Que de fois, égaré dans les gorges profondes, Ou gravissant le morne à mes pas familier, Enivré de soleil, de verdure et de sèves,

Je me suis assoupi, l'âme pleine de rêves, Sous ton ombrage hospitalier ! Bel arbre, de la Muse ô verdoyant emblème, Entre tous nos amis de la forêt, je t'aime !

La Muse comme toi se plaît sur les hauts lieux : Aux esprits que du beau la soif divine altère, Elle offre avec l'oubli des peines de la terre, Le rêve où revivent les cieux !

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