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1876

La Tempête

Auguste LACAUSSADE

Rompu le gouvernail ! L'équipage en rumeurs Au bruit des éléments va mêlant ses clameurs. La voile est en lambeaux, la mer est déchaînée ; Câbles et mâts brisés sur la vague acharnée

Flottent. La pompe joue. On entend par moments Dans les flancs du vaisseau d'horribles craquements. L'air rugit. L'albatros au grand vol circulaire Plane seul et des vents brave encor la colère.

Présage affreux ! là-bas, comme un dernier espoir, L'astre plonge et s'éteint sanglant dans le flot noir. Et l'ouragan triomphe ! et voyez : menaçante, Une forme, du sein de la houle puissante,

Apparaît ! C'est la Mort ! Sur les crêtes de l'eau Elle marche visible et va droit au vaisseau. Des cris ! des pleurs ! — Ceux-ci, que l'épouvante enivre, Roulent pâmés dans l'onde, et l'onde les délivre.

Là, c'est un groupe ami plongé dans ses adieux. Celui-ci prie et tombe en regardant les deux. Quel est ce passager calme sous la tempête ? Que fait-il à l'écart quand sa tombe s'apprête ?

Il regarde, il écoute, il rêve… — Heureux celui Qui peut rêver à l'heure où tout sombre sous lui ! Mais plus heureux qui peut, des pleurs dans la paupière, Embrasser un ami, dire à Dieu sa prière !

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