Skip to content
1876

La Forêt coupée

Auguste LACAUSSADE

La forêt est coupée. Adieu, nobles ramures, Bois sacrés que la brise emplissait de murmures ! L'oiseau n'a plus son nid sous vos dômes touffus ; Le fleuve dans ses eaux ne vous réfléchit plus.

Contre l'ardent soleil plus d'ombre hospitalière ; L'herbe abonde où passa la hache meurtrière. Vieux amis, leurs grands corps sont couchés à mes pieds ! Ce fut un arbre en fleur, ce tronc où je m'assieds !

Là-bas, sur la montagne aux retraites ombreuses, Nos ramiers ont porté leurs plaintes langoureuses ; Le joyeux merle a fui ; tout se tait : — nulle voix Ne redit pour mon cœur la chanson d'autrefois.

Brises qui sur mon front jouiez avec la feuille, Vert silence des bois où l'âme se recueille, Abris mystérieux à mes rêves connus, O mes premiers amis ! qu'êtes-vous devenus ?

Comme vous, bois sacrés, couché dans la poussière, De l'herbe sur mon sein, sous ma tête une pierre, Bientôt je dormirai ! — mais, plein des jours passés, Qui me rendra les pleurs que sur vous j'ai versés ?

Qu'importe ! Hâtez-vous, fugitives années ! Hâtez-vous ! l'heure est vide et mes fleurs sont fanées. Pourquoi, tombeau vivant, survivre à ses beaux jours ? Mon cœur est le sépulcre où dorment mes amours.

Cookies on Poetry Cove

We use cookies to remember your language preference and — only with your consent — to learn how Poetry Cove is used. You can change your mind any time.
La Forêt coupée · Auguste LACAUSSADE · Poetry Cove