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1876

La Colombe et le Passant

Auguste LACAUSSADE

De quel climat aimé des fleurs Viens-tu, colombe matinale ? D'où viennent ces douces odeurs Que par les airs ton aile exhale ?

Quel soin t'amène dans ces lieux ? — Mon maître Anacréon m'envoie Vers Bathyllos aux noirs cheveux, L'enfant, sa tendresse et sa joie,

Des cœurs tyran victorieux. Pour un hymne à lui m'a vendue Cypris qui prise les beaux vers ; Et, depuis, esclave assidue,

Je l'accompagne et je le sers. Je suis sa prompte messagère : Tu le vois, d'une aile légère Je porte ses lettres d'amour.

Il m'a promis, à mon retour, La liberté ; mais qu'en ferais-je ? Mon maître dût-il m'affranchir, Je veux rester et le servir.

Pourquoi loin de lui m'en irais-je Voler par les monts et les bois, M'abriter sous de noirs feuillages Et me nourrir de grains sauvages ?

Aujourd'hui je mange et je bois, Ce que mange et boit le poète : Le pain que lui-même il émiette, Je viens le prendre dans sa main.

Il me tend sa coupe et son vin ; Et quand j'ai bu, tout enivrée, Autour de sa tête inspirée Je vole et joue en liberté,

Puis je me pose à son côté Et sur sa lyre je sommeille. Adieu : qu'on se hâte à présent, Car tu m'as rendue, ô passant !

Plus bavarde que la corneille.

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