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1852

À une Inconnue

Auguste LACAUSSADE

De nos forêts tige inconnue, Toi qui de tes fraîches hauteurs Sur ma route brûlée et nue As versé tes vierges senteurs ;

Grotte mystérieuse et douce, Oasis de palmiers couvert, Fontaine où je puis sur la mousse Boire avec l'oiseau du désert ;

Pensive enfant de ma vallée, Muse cachée au fond des bois, Âme fraternelle et voilée, Dont la voix répond à ma voix ;

Toi qui dans l'ombre et solitaire As tressé pour l'obscur chanteur Une couronne de mystère Des premiers songes de ton cœur ;

Puisque à mes yeux ton front se voile, O lys que trahit son odeur ; Puisque, invisible et chaste étoile, Tu t'enfermes dans ta pudeur ;

Garde ton ombre, âme discrète ! Sainte est pour moi ta volonté. Mais, ô muse ! que le poète Toujours te sente à son côté.

De tes songes peuple mes rêves, De mes chansons enivre-toi : Pareille à l'oiseau blanc des grèves, Plane sans cesse autour de moi !

Sois l'Ariane pure et blonde Qui, m'inspirant dans mes sommeils, Me conduise à travers le monde Par le fil d'or de ses conseils.

Loin des bruits de la multitude, Sois mon nid dans les rameaux verts ; Le palmier de ma solitude Où viendront s'abriter mes vers.

De mes flots troublés sois le cygne. Garde-moi ta douce pitié, Car j'ai souffert, et je suis digne Que quelqu'un m'ait en amitié.

Et dans ton mystère, ange ou femme, Que le ciel te bénisse un jour, Pour avoir fait à ma pauvre âme La sainte aumône de l'amour !

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