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1852

À un Solitaire

Auguste LACAUSSADE

Pourquoi dans ta douleur croissante Nous fuir sans cesse et t'enfermer ? Ton cœur d'où la joie est absente, Poète, a-t-il cessé d'aimer ?

L'arbre de tes belles années N'a point connu les durs hivers ; Pourquoi donc ces feuilles fanées Au lieu de rameaux frais et verts ?

Le printemps fuit avec vitesse ; Les jours froids assez tôt viendront. Des pâles fleurs de la tristesse, Crois-moi, ne charge point ton front.

Poète, il faut aimer et vivre, Et surtout il faut espérer. Devant ce ciel qui les enivre, Nos yeux sont-ils faits pour pleurer ?

Pour qui sait voir de haut les choses La vie a de charmants côtés. Dans leur saison cueillons les roses, Cueillons les rapides étés !

Laissons à la morne vieillesse Les pensers noirs, les soins rongeurs. La joie est sœur de la jeunesse : Pourquoi donc lui fermer nos cœurs ?

Plaignons la jeune créature Qui pâlit dans l'austérité. Toute forte et belle nature Sourit à la belle gaîté.

Je hais le songeur solitaire Qui vit de rêve et mécontent. Le plus doux rêve sur la terre, Pour moi, c'est un front éclatant.

Crois-moi, fuis les songes moroses ! Des lourdes nuits fuis le sommeil ! Vivent les rires et les roses ! Vivent le vin et le soleil !

Viens avec nous fêter la vie ! La vie a de charmants côtés. Le temps passe, fou qui l'oublie ! Cueillons nos rapides étés !

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