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1839

A Mr. A. Vinson

Auguste LACAUSSADE

Oui, je pleure en ce jour, comme au milieu des chaînes Les enfants d'Israël, sur les bords odieux Où les tenaient captifs leurs vainqueurs orgueilleux, Pleuraient pour adoucir leurs peines.

Comme la leur, ma lyre, aux arbres de ces bords, Muette aux chants joyeux demeure suspendue ; Mais aujourd'hui pour toi sa corde détendue Essaiera de faibles accords.

Pour toi qui dans la nuit chantas sur ma misère, Toi qui mêlas tes pleurs aux larmes de mes yeux, Et qui vins saluer d'un chant harmonieux Une muse humble et solitaire.

Ami, mon vers que dicte un triste souvenir, C'est le premier parfum d'un cœur qui vient d'éclore ; Mais des chants qu'inspira la tendre Éléonore Il doit ignorer l'avenir.

Qu'importe ! j'ai chanté pour charmer ma tristesse, Pour m'oublier, hélas ! à mon plaintif accord ; Comme à son bruit léger le flot des mers s'endort Sur le sable uni qu'il caresse.

Quand le chœur des oiseaux se répand dans les airs, Quand je crois dans leur voix entendre un doux génie Que mon âme se berce à la molle harmonie De leurs mélodieux concerts.

Quand la lune qui monte aux bords de la vallée, De son jour affaibli vient éclairer la nuit, Et que, triste et rêveur, par mes pas seuls conduit, J'erre ainsi qu'une ombre exilée.

Quand sous les roseaux verts qu'elle vient arroser, Une onde a murmuré sa plainte fugitive ; Semblable au bruit mourant qu'une lèvre craintive Laisse exhaler dans un baiser ;

Alors, m'abandonnant à mon vague délire, Ma poétique ardeur se répand dans ma voix ; Je laisse avec amour se promener mes doigts Sur chaque corde de ma lyre.

Le son qui s'en échappe est toujours un soupir, Un accent de tristesse, un murmure, une plainte ; C'est la note expirante et la molle complainte D'un cœur qui cherche à s'assoupir.

Je pleure… et voilà tout… et jamais je ne lève Un œil d'ambition sur le vaste avenir, Car je sens que mes chants doivent s'évanouir Comme au réveil l'ombre d'un rêve.

Mais toi, dont l'âme éclose aux feux d'un même ciel, Exhale en vers si doux sa senteur exotique, Tu peux, bien mieux que moi, pour ton front poétique Rêver un éclat immortel.

Courage, enfant bercé par la vague africaine ! Ta brise est de parfum et ton ciel est d'azur ; Tu n'as pas à lutter contre le flot obscur Où vogue ma barque incertaine.

Courage ! un jour brillant sourit à ton réveil ; Et cette voix qui chante à ton aube naissante, Tu l'entendras vibrer dans ta splendeur croissante Pour applaudir à ton soleil !

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