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1839

A mes amis E. et L.G

Auguste LACAUSSADE

Le zéphyre amoureux en vain cherche la rose Qu'il caressait hier de son souffle embaumé, Et demain ce ruisseau vers les bords qu'il arrose Peut-être aura cessé son cours accoutumé.

Tout brille et tout s'éteint ! tout vit et tout expire ! De la mort tôt ou tard nous subissons l'empire. Sur ces tristes pensers j'aime à fixer mon cœur. Hélas ! où sont allés ceux pour qui je soupire ?

Heureux ceux qui sont morts dans l'esprit du Seigneur ! Sur le fleuve du temps je poursuivais ma route : D'un esquif, que berçait le flot silencieux, Un chant plaintif montait vers la céleste voûte ;

Sur une femme alors j'ai reposé les yeux. Mais tout à coup la mort l'emporta dans son aile. Sur les flots attristés j'ai dit : « Où donc est-elle ? » Et mon cœur se perdit dans sa vague douleur.

Mais une voix disait de la voûte éternelle : Heureux ceux qui sont morts dans l'esprit du Seigneur ! Tandis qu'elle passait, les fastes de la terre Ont couronné son front de leurs vaines splendeurs ;

Mais ses yeux les ont vus comme une ombre éphémère S'évanouir bientôt sous le vent des malheurs ; Et ce front où brillait l'éclat de la richesse, A porté sans pâlir le poids de sa détresse

La fortune a changé sans abattre son cœur. Mais où reverrons-nous cet objet de tendresse ? Heureux ceux qui sont morts dans l'esprit du Seigneur ! Mais nos maux sont d'un jours et la vie est rapide.

L'espérance allégeait sa lourde adversité ; Car elle avait compris dans son âme intrépide Que l'onde où nous passons roule à l'éternité. Ah ! de son jeune enfant pressant la tête aimée,

Elle n'a pu douter, mère heureuse et charmée, Qu'un immortel amour ne soit le seul bonheur ; Et son regard lisait sur la voûte enflammée : Heureux ceux qui sont morts dans l'esprit du Seigneur !

Hélas ! elle a passé comme une ombre légère ! Et vous, frères chéris, qu'en ses derniers instants Elle a redemandés à la terre étrangère, Vous ne l'entendrez plus sur le fleuve du temps

Charmer par ses accords les échos de la rive. Sa voix vient d'expirer dans sa note plaintive ; Et vos regards en vain, dans leur morne douleur, Chercheraient sur les flots sa trace fugitive.

Heureux ceux qui sont morts dans l'esprit du Seigneur ! En vain la tendre fleur d'un parfum solitaire Embauma les gazons et les bois d'alentour, En vain la tendre fleur fut l'amour de la terre ;

Jamais l'affreux trépas n'eut pitié de l'amour. Riche encor de beauté, de jeunesse et de sève, L'impitoyable mort la frappa de son glaive. Hélas ! près des boutons je ne vois plus la fleur !

Qui leur rendra l'amour que ce jour leur enlève ?… Heureux ceux qui sont morts dans l'esprit du Seigneur ! Voyez ce chêne antique au paternel ombrage, Où toujours le malheur rencontrait un abri ;

Les souffles orageux ont brisé son feuillage ; Il n'est plus désormais qu'un auguste débris. Il a vu ses rameaux mourir dans leur jeunesse : Deux fleurs restaient encor pour parer sa vieillesse,

Et l'une tombe, hélas ! au souffle du malheur ! Ah ! qui pourra tarir les pleurs de sa tristesse ? Heureux ceux qui sont morts dans l'esprit du Seigneur ! Ces sanglots, ces soupirs, cette plainte éternelle,

Sont d'une autre Rachel qui pleure et ne veut pas Qu'on cherche à consoler sa douleur maternelle, Car ses fils sont tombés sous la faux du trépas. Pauvre cœur éploré, pauvre mère abattue,

La mort a dispersé ta famille éperdue ! Dieu seul peut te parler dans ta sainte douleur ; Et sa voix te redit jusqu'à toi descendue : Heureux ceux qui sont morts dans l'esprit du Seigneur !

Quand le tendre ramier a déployer son aile Pour chercher la pâture aux fils de son amour, En couvrant ses petits, sa compagne fidèle Meurt sous le bec sanglant du féroce vautour.

C'est ainsi que la mort la trouva sans défense. Ah ! lorsque le ramier reviendra de l'absence, Enfants, pour adoucir sa mortelle douleur, Répétez lui parfois ces doux mots d'espérance :

Heureux ceux qui sont morts dans l'esprit du Seigneur ! M'abreuvant de tristesse à la voix du zéphyre Qui se plaint et gémit dans le cyprès des morts, Je viens sur ce tombeau, de ma voix qui soupire,

Mêler l'accent plaintif à des sombres accords. Et mon front sur mon sein moins tristement retombe O vous, qu'a délaissés la mourante colombe, Venez sous ces cyprès consoler votre cœur ;

Car une voix nous dit dans la paix de la tombe : Heureux ceux qui sont morts dans l'esprit du Seigneur !

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