J'ai rang parmi les nourrissons Qui sont chers aux doctes pucelles, Et souvent j'ose en mes chansons Célébrer des rois et des belles.
Cependant mon art est ici Bien au-dessous de la matière. Je n'entreprendrai pas aussi De louer Bourbon tout entière.
Elle plaît ; il n'est point de cœurs Qui n'en rendent un témoignage. De ce don aux charmes vainqueurs Les Grâces font leur apanage.
Bourbon sait sur nous exercer Une aimable et douce puissance ; Elle ravit sans y penser : Que fait-elle lorsqu'elle y pense ?
En ses yeux un feu luit toujours, De qui toute âme est tributaire. Celui qui brille en ses discours N'est pas moins assuré de plaire.
Je me souviens d'avoir écrit, Fondé sur des raisons puissantes, Que sans les beautés de l'esprit Celles du corps sont languissantes.
Celui-ci fait naître l'amour ; Mais l'autre empêche qu'il ne meure,' Surtout quand au même séjour Une belle âme a sa demeure.
J'ai cité Bourbon à propos : Joignez tout ce mérite insigne, Il n'est déesse ni héros Qui de notre encens soit si digne.
Pour nouvelles de l'Italie, Le pape empire tous les jours. Expliquez, seigneur, ce discours Du côté de la maladie ;
Car aucun saint-père autrement Ne doit empirer nullement. Celui-ci véritablement N'est envers nous ni saint ni père :
Nos soins, de l'erreur triomphants, Ne font qu'augmenter sa colère Contre l'aîné de ses enfants. Sa santé toujours diminue.
L'avenir m'est chose inconnue, Et je n'en parle qu'à tâtons ; Mais les gens de delà les monts Auront bientôt pleuré cet homme ;
Car il défend les Jeannetons, Chose très-nécessaire à Rome. Je me contente à moins qu'Horace : Quand l'objet en mon cœur a place,
Et qu'à mes yeux il est joli, Do nomen quodlibet illi. Halifax, Bentinck, et Danby, N'ont qu'à chercher quelque alibi
Pour justifier leur conduite. Quoi qu'en puisse dire la suite, C'est un très-mauvais incident. Halifax sembloit fort prudent.
Danby, je ne le connois guère. Bentinck à son maître sut plaire. Jusqu'à quel point, je n'en dis mot : S'il n'eût été qu'un jeune sot,
Comme sont tous les Ganymèdes, On auroit enduré de lui, Et dans la pièce d'aujourd'hui Bentinck feroit peu d'intermèdes ;
Mais prompt, habile, diligent A saisir un certain argent, Somme aux inspecteurs échappée, Il a du côté de l'épée
Mis, ce dit-on, quelques deniers. Après tout, est-il des premiers A qui pareille chose arrive ? Ne faut-il pas que chacun vive ?
Cependant il a quelque tort, Si le gain est un peu trop fort, Vu les Anglois et leurs coutumes. Le proverbe est bon, selon moi,
Que, qui l'oue a mangé du roi, Cent ans après en rend les plumes. Manger celle du peuple anglois Est plus dangereux mille fois.
Bentinck nous en saura que dire : Je n'y vois pour lui point à rire, On va lui barrer bien et beau Le chemin aux grandes fortunes.
Dieu me garde de feu et d'eau, De mauvais vin dans un cadeau. D'avoir rencontres importunes, De liseurs de vers sans répit,
De maîtresse ayant trop d'esprit, Et de la chambre des communes ! Londonderry s'en va se rendre, Voilà ce qu'on me vient d'apprendre :
Mais dans deux jours je m'attends bien Qu'un bruit viendra qu'il n'en est rien. J'ai même encor certain scrupule : Ce siège est-il un siège, ou non ?
Il ressemble à l'Ascension, Qui n'avance ni ne recule. Jacque aura monté sa pendule Plus d'une fois avant qu'il ait
Tous ces rebelles à souhait. On leur a mené pères, mères, Femmes, enfants, personnes chères, Qu'on retient par force entassés
Comme moutons dans les fossés. Cette troupe aux assiégés crie : Rendez-vous, sauvez-nous la vie ! Point de nouvelle ; au diantre l'un
Qui ne soit sourd. Le bruit commun Est qu'ils n'ont plus de quoi repaître. A la clémence de leur maître Ils se devroient abandonner.
Et puis, allez-moi pardonner A cette maudite canaille ! Les gens trop bons et trop dévots Ne font bien souvent rien qui vaille.
Faut-il qu'un prince ait ces défauts ?
Cookies on Poetry Cove