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XX

Jean de La Fontaine

Ils offriraient leurs jours pour prolonger les siens ; Ils font de sa sauté le plus cher de leurs biens. Les preuves qu'à l'envi chaque jour ils en donnent. Les vœux et les concerts dont leurs temples résonnent

Forcent le ciel de l'accorder. On peut juger à cette marque, Par la crainte qu'ils ont de perdre un tel monarque, Du bonheur de le posséder.

De quelle sorte de mérite N'est-il pas aussi revêtu ? Sa principale favorite Plus que jamais est la vertu.

Autrefois il a combattu Pour la grandeur et pour la gloire :. Maintenant d'une autre victoire Son cœur devient ambitieux.

Les vaines passions chez lui sont étouffées. L'histoire a peu de rois, la fable point de dieux Qui se vantent de ces trophées. Il pourroit se donner tout entier au repos :

Quelqu'un trouveroit-il étrange Que, digne en cent façons du titre de héros, Il en voulût goûter à loisir la louange ? Les deux mondes sont pleins de ses actes guerriers :

Cependant il poursuit encor d'autres lauriers : Il veut vaincre l'erreur ; cet ouvrage s'avance ; Il est fait ; et le fruit de ces succès divers Est que la vérité règne en toute la France,

Et la France en tout l'univers. Non content que sous lui la Valeur se signale, Il met la Piété sur le trône à son tour ; Ses soins la font régner, ainsi que sa rivale,

Au milieu même de la cour. C'est pour lui plaire aussi qu'Astrée est de retour. Ces trois divinités font fleurir son empire ; Il a su les unir pour le bien des humains.

C'est proprement de lui qu'on a sujet de dire Que le sage a tout en ses mains. Vient-il pas d'attirer, et par divers chemins, La dureté du cœur, et l'erreur envieillie,

Monstres dont les projets se sont évanouis ? On voit l'œuvre d'un siècle en un mois accomplie Par la sagesse de Louis. Mais je crains de passer le but de mon ouvrage

Il faut plus de loisir pour louer ce héros ; Une muse modeste et sage Ne touche qu'en tremblant à des sujets si hauts. Je me tais donc, et rentre au fond de mes retraites :

J'y trouve des douceurs secrètes. La fortune, il est vrai, m'oubliera dans ces lieux ; Ce n'est point pour mes vers que ses faveurs sont faites Il ne m'appartient pas d'importuner les dieux.

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