Les pauvres marchands d'épice Crèvent comme une saucisse ; Les pauvres marchands d'épice N'ont plus ni beurre ni lard !
Le Coq et le Léopard Bourrent le Lion bâtard. Ce peuple lâche et couard, Qui, plus fier que jaquemart
Et que le frère d'Alard, De Richard et de Guichard, Quand il montoit son Bayard, Avoit chargé le brassard,
La pique et le braquemard, Et, comme un autre Narcisse, Se miroit dans son plumard : Sitôt que notre milice
A fait voler l'étendard, Et, plus froid qu'un coquemard, Dès qu'il entend le pétard, La grenade et la saucisse
Sous le pied de son rempart, Il marche à pas d'écrevisse Et plonge comme un canard. Le Ciel, ennemi du vice,
Par un coup de sa justice, Punit de son avarice Ce peuple juif et lombard ; Grâces à frère Frappart,
Cet infidèle cafard Nous rend temple et bénéfice, Et rétablit le service Et le divin sacrifice.
Leur capital édifice N'a plus sur le frontispice Ni devise ni placard. Ils apprennent, mais trop tard,
Que vaut l'aune de brocard, Ces avaleurs de calice ! Ces grosses panses de Suisse, Ces ventres à la godard
Crèvent comme une saucisse ; Leur cochon et leur génisse, Sucre, cannelle et bézouard, Sont dans les mains du pillard.
Les pauvres marchands d'épice N'ont plus ni beurre ni lard ! Leurs dames à blanche cuisse, De qui l'eau fraîche est le fard,
Au teint vif, au doux regard, Pucelle, femme et nourrice, Qui, d'un air libre et gaillard, Avec le patin mignard
Et la cape de Béart, Sans roulette et sans coulisse, Glissoient sur l'eau par délice Ou dansoient le traquenard,
Quittent ce doux exercice, Et, le teint pâle et blafard, Et plus sèches qu'une éclisse, Se meurent de la jaunisse,
Près de leur pauvre cornard. Leur grand et fameux vieillard, Ce vénérable patrice, Ce grand juge de police,
Plus fin que maître Mouchard Et plus subtil qu'Escobar ; Cet homme plein d'artifice, Et plus fourré de malice
Que d'ouate et de pelisse, Près de notre sage Ulysse, Passe pour un vieux penard Très-malhabile en son art :
Et de ce peuple hagard, Qui, dès le moindre caprice, Sur le plus léger indice, Veut toujours qu'on le trahisse,
Craint la corde et le poignard. L'héritier du grand Maurice, En apparence un novice, Mais, en effet, un renard,
Se tient toujours à l'écart Et joue à colin-maillard, Et, guettant l'heure propice, Chicane autour du braillard,
Qui, par ligue et par brocard, Choquant le tiers et le quart, Et, croyant leur faire office, Les mit dans le précipice.
Voyant lever le brouillard, Il s'est sauvé de la hart, Que mérite le pendard, Ou d'un plus rude supplice,
Par un sage et prompt départ, Et cherche ailleurs un hospice. Là maintenant ce jocrisse, Cet impertinent bavard
Rit du ris de saint Médard, Tandis que maint Savoyard, Au teint more, au nez camard, Vêtu de papier brouillard
Et de plumes de coquard, En pèlerin de Galice, D'un gosier dont l'orifice Ressemble au trou Saint-Patrice,
Chante au Pont-Neuf pour un liard : Les pauvres marchands d'épice S'en vont au Montélimart ; Les pauvres marchands d'épice
N'ont plus ni beurre ni lard !
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