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SUR LE MÊME SUJET QUE LA PIÈCE PRÉCÉDENTE

Jean de La Fontaine

Vous trouvez que ma satire Eût pu ne se point écrire, Et que tout ressentiment, Quel que soit son fondement,

La plupart du temps peut nuire, Et ne sert que rarement. J'eusse ainsi raisonné si le ciel m'eût fait ange, Ou Thiange ;

Mais il m'a fait auteur, je m'excuse par là : Auteur, qui pour tout fruit moissonne Un peu de gloire. On le lui ravira, Et vous croyez qu'il s'en taira ?

Il n'est donc plus auteur : la conséquence est bonne. S'il s'en rencontre un qui pardonne, Je suis cet indulgent ; s'il ne s'en trouve point, Blâmez la qualité, mais non pas la personne.

Je pourrais alléguer encore un autre point : Les conseils.— Et de qui ? — Du public. C'est la ville, C'est la cour, et ce sont toute sorte de gens, Les amis, les indifférents,

Qui m'ont fait employer le peu que j'ai de bile : Ils ne pouvoient souffrir cette atteinte à mon nom. La méritois-je. On dit que non. Mon opéra, tout simple, et n'étant, sans spectacle,

Qu'un ours qui vient de naître, et non encor léché, Plaît déjà. Que m'a donc Saint-Germain reproché ? Un peu de pastorale ? enfin ce fut l'obstacle. J'introduisois d'abord des bergers : et le roi

Ne se plaît à donner qu'aux héros de l'emploi. Je l'en loue. Il falloit qu'on lui vantât la suite : Faute de quoi ma muse aux plaintes est réduite. Que si le nourrisson de Florence eût voulu.

Chacun eût fait ce qu'il eût pu. Celui qui nous a peint un des travaux d'Alcide (Je ne veux dire Euripide, Mais Quinault), Quinault donc pour sa part auroit eu

Saint-Germain, où sa muse au grand jour eût paru ; Et la mienne, moins parfaite, Eût eu du moins Paris, partage de cadette : Cadette que peut-être on eût cru quelque jour

Digne de partager en aînée à son tour. Quelque jour j'eusse pu divertir le monarque. Heureux sont les auteurs connus à cette marque ! Les neuf Sœurs proprement n'ont qu'eux pour favoris.

Qu'est-ce qu'un auteur de Paris ? Paris a bien des voix : mais souvent, faute d'une, Tout le bruit qu'il fait est fort vain. Chacun attend sa gloire ainsi que sa fortune

Du suffrage de Saint-Germain. Le maître y peut beaucoup ; il sert de règle aux autres : Comme maître premièrement, Puis, comme ayant un sens meilleur que tous les nôtres.

Qui voudra l'éprouver, obtienne seulement Que le roi lui parle un moment. Ah ! si c'étoit ici le lieu de ses louanges ! Que ne puis-je en ces vers avec grâce parler

Des qualités qui font voler Son nom jusqu'aux peuples étranges ! On verroit qu'entre tous les rois Le nôtre est digne qu'on l'estime ;

Mais il faut pour une autre fois Réserver le feu qui m'anime. Je ne puis seulement qu'étaler aujourd'hui Son esprit et son goût à juger d'un ouvrage ;

L'honneur et le plaisir de travailler pour lui. Ceux dont je me suis plaint m'ôtent cet avantage : Puis-je jamais vouloir du bien À leur cabale trop heureuse ?

D'en dire aussi du mal, la chose est dangereuse : Je crois que je n'en dirai rien. Si pourtant notre homme se pique D'un sentiment d'honneur, et me fait à son tour

Pour le roi travailler un jour, Je lui garde un panégyrique. Il est homme de cour, je suis homme de vers ; Jouons-nous tous deux de paroles :

Ayons deux langages divers, Et laissons les hontes frivoles. Retourner à Daphné vaut mieux que se venger. Je vous laisse d'ailleurs ma gloire à ménager.

Deux mots de votre bouche et belle et bien disante, Feront des merveilles pour moi. Vous êtes bonne et bienfaisante, Servez ma muse auprès du roi.

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