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POUR MONSEIGNEUR LE DUC DE BOURGOGNE

Jean de La Fontaine

Or est venu dedans notre univers Cet héritier d'un assez bel empire, Cet enfant cher à cent peuples divers, Cher au héros par lequel il respire,

Cher à Louis ; et cela c'est tout dire : C'en est assez pour obliger les dieux À conserver des jours si précieux ; Jours où leur main tous ses trésors enserre.

Depuis qu'on voit la lumière des cieux, Plus beau présent ne s'est fait à la terre. Notre Apollon, dans ses divins concerts, Chante déjà cet enfant sur la lyre.

Je vois pour lui méditer tant de vers, Qu'impossible est aux neuf Sœurs d'y suffire. Bien que ma muse aux grands efforts n'aspire, Je m'écrierai d'un ton audacieux :

Par cet enfant, de gloire ambitieux, Aux bords lointains puisse passer la guerre ! Puisse la paix s'affermir en ces lieux ! Plus riches dons ne se font sur la terre,

Il nous promet des printemps sans hivers, Point d'aquilons, un éternel zéphyre. Bien peu de cœurs éviteront ses fers ; C'est ce qu'un sage aux astres m'a fait lire

Amour l'appelle avec un doux sourire. Bellone aussi le rendra glorieux. Louis sera, d'un soin laborieux, Son maître en l'art de lancer le tonnerre ;

Il en tiendra cet air impérieux : Plus beau talent ne règne sur la terre. Princesse aimable, et d'esprit gracieux, Regardez bien ce qui s'est fait de mieux

Depuis qu'hymen des nœuds d'amour nous, serre ; Sur cet enfant ayez toujours les yeux : Plus digne soin n'est pour vous sur la terre.

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