Petit chien, que les destinées T'ont filé d'heureuses années ! Tu sors de mains dont les appas De tous les sceptres d'ici-bas
Ont pensé porter le plus riche ; Les mains de la maison d'Autriche Leur ont ravi ce doux espoir : Nous ne pouvions que bien échoir.
Tu sors de mains pleines de charmes : Heureux le dieu de qui les larmes Mériteraient, par leur amour, De s'en voir essuyer un jour !
De ces mains, hôtesses des grâces, Petit chien, en d'autres tu passes Qui n'ont pas eu moins de beauté, Sans mettre en compte leur bonté.
Elles te font mille caresses : Tu plais aux dames, aux princesses ; Et si la reine t'avoit vu, Mignon à la reine aurait plu.
Mignon a la taille mignonne ; Toute sa petite personne Plaît aux Iris des petits chiens, Ainsi qu'à celles des chrétiens.
Las ! qu'ai-je dit qui te fait plaindre ? Ce mot d'Iris est-il à craindre ? Petit chien, qu'as-tu ? dis-le-moi : N'es-tu pas plus aise qu'un roi ?
Trois ou quatre jeunes fillettes Dans leurs manchons aux peaux douillettes Tout l'hiver te tiennent placé ; Puis de madame de Crissé
N'as-tu pas maint dévot sourire ? D'où vient donc que ton cœur soupire ? Que te faut-il ? un peu d'amour. Dans un côté du Luxembourg,
Je t'apprends qu'Amour craint le suisse ; Même on lui rend mauvais office Auprès de la divinité Qui fait ouvrir l'autre côté.
— Cela vous est facile à dire, Vous qui courez partout, beau sire ; Mais moi… — Parle bas, petit chien ; Si l'évêque de Bethléem
Nous entendoit, Dieu sait la vie. Tu verras pourtant ton envie Satisfaite dans quelque temps. Je te promets à ce printemps
Une petite camusette, Friponne, drue et joliette, Avec qui l'on t'enfermera ; Puis s'en démêle qui pourra.
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