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POUR MIGNON

Jean de La Fontaine

Petit chien, que les destinées T'ont filé d'heureuses années ! Tu sors de mains dont les appas De tous les sceptres d'ici-bas

Ont pensé porter le plus riche ; Les mains de la maison d'Autriche Leur ont ravi ce doux espoir : Nous ne pouvions que bien échoir.

Tu sors de mains pleines de charmes : Heureux le dieu de qui les larmes Mériteraient, par leur amour, De s'en voir essuyer un jour !

De ces mains, hôtesses des grâces, Petit chien, en d'autres tu passes Qui n'ont pas eu moins de beauté, Sans mettre en compte leur bonté.

Elles te font mille caresses : Tu plais aux dames, aux princesses ; Et si la reine t'avoit vu, Mignon à la reine aurait plu.

Mignon a la taille mignonne ; Toute sa petite personne Plaît aux Iris des petits chiens, Ainsi qu'à celles des chrétiens.

Las ! qu'ai-je dit qui te fait plaindre ? Ce mot d'Iris est-il à craindre ? Petit chien, qu'as-tu ? dis-le-moi : N'es-tu pas plus aise qu'un roi ?

Trois ou quatre jeunes fillettes Dans leurs manchons aux peaux douillettes Tout l'hiver te tiennent placé ; Puis de madame de Crissé

N'as-tu pas maint dévot sourire ? D'où vient donc que ton cœur soupire ? Que te faut-il ? un peu d'amour. Dans un côté du Luxembourg,

Je t'apprends qu'Amour craint le suisse ; Même on lui rend mauvais office Auprès de la divinité Qui fait ouvrir l'autre côté.

— Cela vous est facile à dire, Vous qui courez partout, beau sire ; Mais moi… — Parle bas, petit chien ; Si l'évêque de Bethléem

Nous entendoit, Dieu sait la vie. Tu verras pourtant ton envie Satisfaite dans quelque temps. Je te promets à ce printemps

Une petite camusette, Friponne, drue et joliette, Avec qui l'on t'enfermera ; Puis s'en démêle qui pourra.

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