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POUR LA PAIX

Jean de La Fontaine

Le noir démon des combats Va quitter cette contrée ; Nous reverrons ici-bas Régner la déesse Astrée.

La paix, sœur du doux repos. Et que Jules va conclure, Fait déjà refleurir Vaux Dont je tire un bon augure.

S'il tient ce qu'il a promis, Et qu'un heureux mariage Rende nos rois bons amis, Je ne plains pas son voyage.

Le plus grand de mes souhaits Est de voir, avant les roses, L'infante avecque la paix ; Car ce sont deux belles choses.

O paix, infante des cieux, Toi que tout heur accompagne, Viens vite embellir ces lieux Avec l'infante d'Espagne.

Chasse des soldats gloutons La troupe fière et hagarde, Qui mange tous mes moutons, Et bat celui qui les garde.

Délivre ce beau séjour De leur brutale furie, lit ne permets qu'à l'Amour D'entrer dans la bergerie.

Fais qu'avecque le berger On puisse voir la bergère, Qui coure d'un pied léger, Qui danse sur la fougère,

lit qui, du berger tremblant Voyant le peu de courage, S'endorme ou fasse semblant De s'endormir à l'ombrage.

O paix ! source de tout bien, Viens enrichir cette terre, Et fais qu'il n'y reste rien Des images de la guerre.

Accorde à nos longs désirs De plus douces destinées Ramène-nous les plaisirs, Absents depuis tant d'années.

Étouffe tous ces travaux, Et leurs semences mortelles : Que les plus grands de nos maux Soient les rigueurs de nos belles ;

Et que nous passions les jours Étendus sur l'herbe tendre, Prêts à conter nos amours A qui voudra les entendre.

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