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POUR LA NAISSANCE DE MONSEIGNEUR

Jean de La Fontaine

Or est venu l'enfant si souhaité. Voici son sort ; j'en ai fait la figure. Premièrement, si j'ai bien supputé, De cent printemps l'agréable peinture

Viendra pour lui rajeunir la nature. Nombre d'Amours, pendant ses jeunes ans, Lui serviront de premiers courtisans ; Puis d'autres soins, troupe aux jeux ennemie,

Lui fileront à l'envi le destin De trois grands dieux directeurs de sa vie. Ces trois dieux s'ont Mars, Amour et Jupin. Amour viendra le beau premier en danse.

Je vous le dis, belles, songez à vous ; Mais que sert-il ? royale adolescence Pour tous les cœurs est un charme trop doux. Tel accident n'est mort d'homme, entre nous.

Pleurs et soupirs pourront en cette terre Régner alors ; puis par une autre guerre Ils passeront aux climats du matin ; Et ne se doit reposer la victoire

Que, tous les Turcs faits François à la fin, De trois grands dieux leur vainqueur n'ait la gloire. Ces trois dieux sont Mars, Amour et Jupin. Mars est entré le second dans la lice.

Ce temps doit faire admirer un héros, Un rejeton du maître en l'exercice Qui fait les dieux ; car ce n'est le repos. Son petit-fils l'aura dans ses travaux

Pour précepteur à lancer le tonnerre, À bien régner, à conduire une guerre. Au prix de lui, novices en cet art, Sont réputés Alexandre et César.

Telles leçons finiront la carrière Du nouveau-né, qui, dans un long destin, De trois grands dieux fournira la matière : Ces trois dieux sont Mars, Amour et Jupin.

Princesse aimable, et vous digne dauphin, Vos qualités ont formé cet ouvrage, Triple chef-d'œuvre, enfant plus que divin, Qui de trois dieux fera voir l'assemblage :

Ces trois dieux sont Mars, Amour et Jupin.

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