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PARAPHRASE DU PSAUME XVII

Jean de La Fontaine

Où sont ces troupes animées ? Où sont-ils, ces fiers ennemis ? Je les ai vaincus et soumis : Gloire en soit au Dieu des armées !

Par lui je me vois triomphant ; Il me protége, il me défend : Je n'ai qu'à l'invoquer, comme il n'a qu'à m'entendre. Que de l'aimer toujours louable est le dessein !

Quelle place en mon cœur ne doit-il point prétendre, Après m'avoir offert un asile en son sein ? De leur triste et sombre demeure Les démons, esprits malheureux,

Venoient d'un poison dangereux Menacer mes jours à toute heure. Ils entroient jusqu'en mes sujets, Jusqu'en mon fils, dont les projets

Me font encor frémir de leur cruelle envie ; Jusqu'en moi-même enfin, par un secret effort ; Et mon esprit, troublé des horreurs de ma vie, M'a plus causé de maux que l'enfer ni la mort.

Les méchants, enflés de leurs ligues, Contre moi couroient irrités, Comme torrents précipités Dont les eaux emportent les digues ;

Lorsque Dieu, touché de mes pleurs, De mes soupirs, de mes douleurs, Arrêta cette troupe à me perdre obstinée. Ma prière parvint aux temples étoilés,

Parut devant sa face, et fut entérinée D'un mot qui fit trembler les citoyens ailés. Tout frémit : sa voix, qui balance Les rochers sur leurs fondements,

Alla troubler des monuments Le profond et morne silence. Que d'éclairs, sortant de ses yeux, Et sur la terre et dans les cieux

Firent étinceler le feu de sa colère ! Que son front en brilloit ! qu'il en fut allumé ! Et qu'avecque raison l'un et l'autre hémisphère Craignit devant les temps d'en être consumé !

N'approche pas ; car notre vue Ne peut souffrir tant de rayons : Sans te voir, Seigneur, nous croyons Que ta présence en est pourvue.

Quoi ! tu viens pour tes alliés ! Les cieux s'abaissent sous tes pieds ; Les vents, les chérubins, te portent sur leurs ailes Et ce nuage épais qui couvre ta grandeur

Veut rendre supportable à nos foibles prunelles De ton trône enflammé l'éclatante splendeur. Tel, tu trompas la gent noircie Dont le Nil arrose les champs,

Quand la foule de ces méchants Fut par les vagues éclaircie ; Tel, ton courroux suivi d'éclairs Fondit sur eux du haut des airs,

Envoya dans leur camp la terreur et la foudre, Frappa leur appareil d'orages redoublés, Le brisa comme verre, et fit mordre la poudre Aux tyrans d'Israël sous leurs chars accablés.

Que les tiens ont de priviléges ! La mer fit rempart aux Hébreux, Noyant les peuples ténébreux De l'ost aux têtes sacriléges.

On vit et furent découverts Les fondements de l'univers, Du liquide élément les canaux et les sources, Le centre de la terre ; et l'enfer, obligé

D'abandonner ces chars à leurs aveugles courses, Dans ses murs de métal craignit d'être assiégé. Ainsi les torrents de l'envie Croyoient m'arrêter en chemin,

Quand tu m'as conduit par la main En des lieux plus sûrs pour ma vie. Ainsi montroient leurs cœurs félons Les Saüls et les Absalons,

Quand tu les as soumis à celui qui t'adore, Qui pèche quelquefois, mais se repent toujours, Et qui, pour te louer, n'attend pas que l'aurore Se lève par ton ordre, et commence les jours.

Oui, Seigneur, ta bonté divine Est toujours présente à mes yeux, Soit que la nuit couvre les cieux, Soit que le jour nous illumine :

Je ne sens d'amour que pour toi ; Je crains ton nom, je suis ta loi, Ta loi pure et contraire aux lois des infidèles : Je fuis des voluptés le charme décevant,

M'éloigne des méchants, prends les bons pour modèles. Sachant qu'on devient tel que ceux qu'on voit souvent. Non que je veuille en tirer gloire. Par toi l'humble acquiert du renom,

Et peut des temps et de ton nom Pénétrer l'ombre la plus noire. A leurs erreurs par toi rendus, Sages et forts sont confondus,

S'ils n'ont mis à tes pieds leur force et leur sagesse. Ce que j'en puis avoir, je le sais rapporter Au don que m'en a fait ton immense largesse, Par qui je vois le mal et peux lui résister.

Par toi je vaincrai des obstacles Dont d'autres rois sont arrêtés ; Plus tard offerts que surmontés, Ils me seront jeux et spectacles.

Par toi j'ai déjà des mutins, Dont les cœurs étaient si hautains, Évité comme un cerf les dents pleines d'envie ; Puis, retournant sur eux, frappé d'un bras d'airain

Ceux qui, d'un œil cruel envisageant ma vie, Voyoient d'un œil jaloux mon pouvoir souverain. Qu'ils soient jaloux, il ne m'importe : D'entre leurs piéges échappé,

J'ai des rebelles dissipé L'union peu juste et peu forte. Par mon bras vaincus et réduits, Un Dieu vengeur les a conduits

Aux châtiments gardés pour les têtes impies : Leurs desseins tôt conçus se sont tôt avortés ; Et n'ont beaucoup duré leurs sacriléges vies Après les vains projets qu'ils avoient concertés.

Cette hydre aux têtes renaissantes, Prête à mourir de son poison, A vers le ciel hors de raison Poussé des clameurs impuissantes ;

Ni Bélial, ni ses suppôts, N'ont su l'assurer du repos. Aussi n'est-il de dieu que le Dieu que j'adore, Que le Dieu qui commande à l'une et l'autre gent,

Depuis les peuples noirs, jusqu'à ceux que l'aurore, Éveille les derniers par son cours diligent. C'est lui qui par des soins propices Au combat enseigne mes mains,

Qui pour mes pieds fait des chemins Sur le penchant des précipices ; C'est lui qui comble avec honneur Mes jours de gloire et de bonheur,

Mon âme de vertus, mon esprit de lumières ; Il me dicte ses lois, me les fait observer : Jusqu'aux derniers secrets de leurs beautés premières Ses oracles divins ont daigné m'élever.

Dès qu'il m'aura prêté sa foudre, Les méchants pour lui sans respect S'écarteront à mon aspect, Comme au vent s'écarte la poudre.

Pour fuir ils n'auront qu'à me voir : Déjà mon nom et mon pouvoir Sont connus des voisins du Gange et de l'Euphrate ; Israël, redouté de cent peuples divers.

Me craint et m'obéit ; et, sans que l'on me flatte, On me peut appeler le chef de l'univers. Rendons-en des grâces publiques Au Dieu jaloux de son renom ;

Faisons en l'honneur de son nom Retentir l'air par nos cantiques : Que ses bienfaits soient étalés. Peuples voisins et reculés,

Jusqu'aux voûtes du ciel portez-en les nouvelles ; Dites qu'il est un Dieu qui répond à mes vœux Et que, m'ayant comblé de grâces immortelles, Il en réserve encor pour nos derniers neveux.

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