Skip to content
1678

LES OREILLES DU LIÈVRE

Jean de La Fontaine

Un animal cornu blessa de quelques coups Le lion, qui, plein de courroux, Pour ne plus tomber en la peine, Bannit des lieux de son domaine

Toute bête portant des cornes à son front. Chèvres, béliers, taureaux, aussitôt délogèrent ; Daims et cerfs de climat changèrent : Chacun à s'en aller fut prompt.

Un lièvre, apercevant l'ombre de ses oreilles, Craignit que quelque inquisiteur N'allât interpréter à cornes leur longueur, Ne les soutînt en tout à des cornes pareilles.

Adieu, voisin grillon, dit-il ; je pars d'ici : Mes oreilles enfin seroient cornes aussi ; Et quand je les aurois plus courtes qu'une autruche Je craindrois même encor. Le grillon repartit :

Cornes cela ! vous me prenez pour cruche ! Ce sont oreilles que Dieu fit. On les fera passer pour cornes, Dit l'animal craintif, et cornes de licornes.

J'aurai beau protester ; mon dire et mes raisons Iront aux Petites-Maisons.

Cookies on Poetry Cove

We use cookies to remember your language preference and — only with your consent — to learn how Poetry Cove is used. You can change your mind any time.