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LES LOUPS ET LES BREBIS

Jean de La Fontaine

Après mille ans et plus de guerre déclarée, Les loups firent la paix avecque les brebis. C'étoit apparemment le bien des deux partis ; Car si les loups mangeoient mainte bête égarée,

Les bergers de leurs peaux se faisoient maints habits. Jamais de liberté, ni pour les pâturages, Ni d'autre part pour les carnages ; Ils ne pouvoient jouir qu'en tremblant de leurs biens.

La paix se conclut donc ; on donne des otages : Les loups, leurs louveteaux ; et les brebis, leurs chiens. L'échange en étant fait aux formes ordinaires, Et réglé par des commissaires,

Au bout de quelque temps que messieurs les louvats Se virent loups parfaits, et friands de tuerie, Ils vous prennent le temps que dans la bergerie Messieurs les bergers n'étoient pas,

Étranglent la moitié des agneaux les plus gras, Les emportent aux dents, dans les bois se retirent : Ils avoient averti leurs gens secrètement. Les chiens, qui sur leur foi reposoient sûrement,

Furent étranglés en dormant : Cela fut sitôt fait qu'à peine ils le sentirent. Tout fut mis en morceaux, un seul n'en échappa. Nous pouvons conclure de là

Qu'il faut faire aux méchants guerre continuelle. La paix est fort bonne de soi, J'en conviens ; mais de quoi sert-elle Avec des ennemis sans foi ?

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