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1678

LES DEUX TAUREAUX ET UNE GRENOUILLE

Jean de La Fontaine

Deux taureaux combattoient à qui posséderoit Une génisse avec l'empire. Une grenouille en soupiroit. Qu'avez-vous ? se mit à lui dire

Quelqu'un du peuple coassant. ‒ Eh ! ne voyez-vous pas, dit-elle, Que la fin de cette querelle Sera l'exil de l'un ; que l'autre, le chassant,

Le fera renoncer aux campagnes fleuries ? Il ne régnera plus sur l'herbe des prairies, Viendra dans nos marais régner sur les roseaux ; Et, nous foulant aux pieds jusques au fond des eaux,

Tantôt l'une, et puis l'autre, il faudra qu'on pâtisse Du combat qu'a causé madame la génisse. Cette crainte étoit de bon sens. L'un des taureaux en leur demeure

S'alla cacher à leurs dépens : Il en écrasoit vingt par heure. Hélas ! on voit que de tout temps Les petits ont pâti des sottises des grands.

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