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1678

LE SINGE ET LE DAUPHIN

Jean de La Fontaine

C'étoit chez les Grecs un usage Que sur la mer tous voyageurs Menoient avec eux en voyage Singes et chiens de bateleurs.

Un navire en cet équipage Non loin d'Athènes fit naufrage. Sans les dauphins tout eût péri. Cet animal est fort ami

De notre espèce : en son Histoire Pline le dit ; il le faut croire. Il sauva donc tout ce qu'il put. Même un singe en cette occurrence,

Profitant de la ressemblance, Lui pensa devoir son salut : Un dauphin le prit pour un homme, Et sur son dos le fit asseoir

Si gravement, qu'on eût cru voir Ce chanteur que tant on renomme. Le dauphin l'alloit mettre à bord, Quand, par hasard, il lui demande :

Êtes-vous d'Athènes la grande ? Oui, dit l'autre ; on m'y connoît fort : S'il vous y survient quelque affaire, Employez-moi ; car mes parents

Y tiennent tous les premiers rangs ; Un mien cousin est juge-maire. Le dauphin dit : Bien grand merci ; Et le Pirée a part aussi

À l'honneur de votre présence ? Vous le voyez souvent, je pense ? ‒ Tous les jours : il est mon ami ; C'est une vieille connoissance.

Notre magot prit, pour ce coup, Le nom d'un port pour un nom d'homme. De telles gens il est beaucoup Qui prendroient Vaugirard pour Rome,

Et qui, caquetant au plus dru, Parlent de tout, et n'ont rien vu. Le dauphin rit, tourne la tête, Et, le magot considéré,

Il s'aperçoit qu'il n'a tiré Du fond des eaux rien qu'une bête : Il l'y replonge, et va trouver Quelque homme, afin de le sauver.

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