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LE RAT ET L'ÉLÉPHANT

Jean de La Fontaine

Se croire un personnage est fort commun en France : On y fait l'homme d'importance, Et l'on n'est souvent qu'un bourgeois. C'est proprement le mal françois.

La sotte vanité nous est particulière. Les Espagnols sont vains, mais d'une autre manière : Leur orgueil me semble, en un mot, Beaucoup plus fou, mais pas si sot.

Donnons quelque image du nôtre, Qui sans doute en vaut bien un autre. Un rat des plus petits voyoit un éléphant Des plus gros, et railloit le marcher un peu lent

De la bête de haut parage, Qui marchoit à gros équipage. Sur l'animal à triple étage, Une sultane de renom,

Son chien, son chat et sa guenon, Son perroquet, sa vieille, et toute sa maison, S'en alloit en pèlerinage. Le rat s'étonnoit que les gens

Fussent touchés de voir cette pesante masse : Comme si d'occuper ou plus ou moins de place Nous rendoit, disoit-il, plus ou moins importants. Mais qu'admirez-vous tant en lui, vous autres hommes ?

Seroit-ce ce grand corps qui fait peur aux enfants ? Nous ne nous prisons pas, tout petits que nous sommes, D'un grain moins que les éléphants. Il en auroit dit davantage ;

Mais le chat sortant de sa cage, Lui fit voir en moins d'un instant Qu'un rat n'est pas un éléphant.

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