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1668

LE MARI CONFESSEUR

Jean de La Fontaine

Messire Artus, sous le grand roi François, Alla servir aux guerres d’Italie, Tant, qu’il se vit, après maints beaux exploits, Fait chevalier en grand’cérémonie.

Son général lui chaussa l’éperon ; Dont il croyoit que le plus haut baron Ne lui dût plus contester le passage. Si s’en revint, tout fier, à son village,

Où ne surprit sa femme en oraison. Seule il l’avoit laissée à la maison ; Il la retrouve en bonne compagnie, Dansant, sautant, menant joyeuse vie,

Et des muguets avec elle à foison. Messire Artus ne prit goût à l’affaire ; Et, ruminant sur ce qu’il devoit faire : « Depuis que j’ai mon village quitté,

Si j’étois crû, dit-il, en dignité De cocuage et de chevalerie ! C’est moitié trop. Sachons la vérité, » Pour ce s’avise, un jour de confrérie,

De se vêtir en prêtre, et confesser. Sa femme vint à ses pieds se placer. De prime abord sont par la bonne dame Expédiés tous les péchés menus ;

Puis, à leur tour les gros étant venus, Force lui fut qu’elle changeât de gamme. « Père, dit-elle, en mon lit sont reçus Un gentilhomme, un chevalier, un prêtre….

« Si le mari ne se fût fait connoître, Elle en alloit enfiler beaucoup plus ; Courte n’étoit, pour sûr, la kyrielle. Son mari donc l’interrompt là-dessus

(Dont bien lui prit) : « Ah ! dit-il, infidèle ! Un prêtre même ! À qui crois-tu parler ? — A mon mari ! dit la fausse femelle, Qui d’un tel pas se sut bien démêler.

Je vous ai vu dans ce lieu vous couler, Ce qui m’a fait douter du badinage. C’est un grand cas, qu’étant homme si sage, Vous n’ayez su l’énigme débrouiller !

On vous a fait, dites-vous, chevalier ; Auparavant vous étiez gentilhomme ; Vous êtes prêtre avec que ces habits — Béni soit Dieu ! dit alors le bonhomme,

Je suis un sot de l’avoir si mal pris. »

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