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LE COMTE DE FIESQUE

Jean de La Fontaine

Vous savez conquérir les états et les hommes ; Jupiter prend de vous des leçons de grandeur ; Et nul des rois passés, ni du siècle où nous sommes, N'a su si bien gagner l'esprit avec le cœur.

Dans les emplois de Mars, vos soins, votre conduite, Votre exemple et vos yeux animent nos guerriers ; Vous étendez partout l'ombre de vos lauriers : La terre enfin se voit réduite

À vous venir offrir cent hommages divers ; Vous avez enfin su contraindre Tous les cantons de l'univers À vous obéir ou vous craindre.

J'étois près de céder aux destins ennemis, Quand j'ai vu les Génois soumis, Malgré les faveurs de Neptune, Malgré, des murs où l'art humain

Croyoit enchaîner la fortune Que vous tenez en votre main. Cette main me relève ayant abaissé Gêne ; Je ne l'espérois plus, je n'en suis plus en peine.

Vos moindres volontés sont autant de décrets ; Vos regards sont autant d'oracles ; Je ne consulte qu'eux ; et, malgré les obstacles, Je laisse agir pour moi vos sentiments secrets.

Vous témoignez en tout une bonté profonde. Et joignez aux bienfaits un air si gracieux. Qu'on ne vit jamais dans le monde De roi qui donnât plus, ni qui sût donner mieux.

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