Un de ces jours, dame Germaine, Pour certain besoin qu’elle avoit, Envoya Jeanne à la fontaine ; Elle y courut : cela pressoit.
Mais, en courant, la pauvre créature Eut une fâcheuse aventure. Un malheureux caillou, qu’elle n’aperçut pas, Vint se rencontrer sous ses pas.
À ce caillou, Jeanne trébuche, Tombe enfin et casse sa cruche. Mieux eût valu cent fois s’être cassé le cou ! Casser une cruche si belle !
Que faire ? Que deviendra-t-elle ? Pour en avoir une autre, elle n’a pas un sou. Quel bruit va faire sa maîtresse, De sa nature très-diablesse ?
Comment éviter son courroux ? Quel emportement ! Que de coups ! « Oserai-je jamais me l’offrir à sa vue ? Non, non, dit-elle ; enfin il faut que je me tue !
Tuons-nous ! » Par bonheur, un voisin, près de là, Accourut, entendant cela ; Et, pour consoler l’affligée, Lui chercha les raisons les meilleures qu’il put ;
Mais, pour bon orateur qu’il fût, Elle n’en fut point soulagée ; Et la belle toujours, s’arrachant les cheveux, Faisoit couler deux ruisseaux de ses yeux,
Enfin vouloit mourir : la chose étoit conclue. « Eh bien, veux-tu que je te tue ? Lui dit-il. — Volontiers. » Lui, sans autre façon, Vous la jette sur le gazon,
Obéit à ce qu’elle ordonne ; À la tuer des mieux apprête ses efforts, Lève sa cotte, et puis lui donne D’un poignard à travers le corps.
On a grande raison de dire Que pour les malheureux la mort a ses plaisirs : Jeanne roule les yeux, se pâme, enfin expire ; Mais, après les derniers soupirs,
Elle remercia le sire : « Ho ! le brave homme que voilà ! Grand merci, Jean ! Je suis la plus humble des vôtres. Les tuez-vous comme cela ?
Vraiment, j’en casserai bien d’autres ! »
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